Sensiblement pour les
mêmes raisons que Bobby Kimball, Frederiksen est
remercié avant même l'enregistrement de
Farenheit, pour lequel Toto enrôle Joseph
Williams, fils du compositeur John Williams et
auteur d'un album solo quelques mois auparavant.
L'album sort en novembre 1986, mais il ne fait
guère sensation en dépit d'une brochette d'invités
prestigieux. «Là, j'ai presque réussi à
embaucher Eric Martin, se lamente Lukather. Il
est venu en studio et il a chanté sur deux ou
trois titres. Je j me souviens qu'il a essayé
«Could This Be Love». Mais il y avait des
passages qu'Eric ne ressentait pas de la même
façon que David. Le reste du groupe ne l'a donc
pas trop senti. Mais, personnellement. I je
trouve qu'il était fantastique. Merde, j'y
étais presque arrivé! Joseph (Williams) était
sympa, mais voilà encore un gus qui n'a pas fait
très attention à sa santé, si vous voyez ce
que je veux dire. "Nous avons eu droit à
quelques invités sympas sur cet album, à
commencer par Miles Davis. David et Steve
bossaient sur son album dans le studio de Jeff.
David et moi avions composé un morceau qui
correspondait à son style, un peu dans la
lignée de Sketches Of Spain. Nous le lui avons
fait écouter, et avec sa voix rauque il nous a
répondu "Hey men! Vous voulez que je joue
sur cette merde... bon, c'est d'accord». Il est
resté plus d'une semaine avec nous, passant son
temps à nous raconter ses aventures. Nous avions
l'impression de rêver: nous étions là à fumer
des joints et à parler avec Mile Davis. «Ce
tatouage sur mon bras représente un personnage,
The Martini Man, dont le dessin était accroché
chez Jeff. Miles était également un artiste et
il s'est arrêté au beau milieu d'une séance
pour demander ce que c'était en disant qu'il
aimait beaucoup. Jeff lui a offert le tableau, et
Miles a aussitôt pris son matériel de dessin
pour lui faire un autre portrait. Il nous a
finalement dit qu'il a joué avec nous uniquement
parce qu'il nous aimait bien. Quand je pense que
certains étaient prêts à lui offrir des
millions de dollars pour qu'il joue sur leur
album et qu'il refusait systématiquement... Il
ne nous a même pas demandé un centime.
«Quelques mois plus tard, il m'a appelé pour me
demander de rejoindre son groupe. Mais je n'étais
malheureusement pas disponible, Toto s'apprêtant
à partir en tournée. Je crois qu'il a fini par
prendre Robben Ford. Sur Farenheit, il y avait
aussi Michael McDonald (Doobie Brothers), David
Sanborn, Don Henley (Eagles)...Tous ces mecs sont
nos amis et nous avions souvent bossé avec eux».
Tirant
un bilan de leur dix ans de vie commune, Lukather,
Paich et les frères Porcaro décident enfin d'accorder
un tant soit peu d'importance à la scène.
Délaissant les séances en studio, ils voient
là le meilleur moyen de montrer au monde que
Toto est un véritable groupe, et non un simple
caprice de musiciens gâtés. Reste que dans ce
domaine ils ont quelques années de retard à
rattraper. Sorti en avril 1988, The Seventh One
est donc suivi par une tournée mondiale, qui se
révélera fatale pour Joseph Williams. Plus d'une
fois, Lukather sera obligé de monter au micro
afin de compenser les déficiences du chanteur.
"The Seventh One ne fait pas vraiment partie
de mes albums préférés, il est un peu trop pop
à mon goût. < Steve Lukather. Mais nous
avons passé un bon moment à l'enregistrer et il
y a tout de même quelques morceaux qui méritent
le détour. «George Massenburg et Bill Payne ont
fait du bon boulot à la production. C'était la
première fois que nous nous reposions
complètement sur des producteurs extérieurs.
Malheureusement, c'est devenu difficile avec
Joseph. A prendre trop de "substances",
il a fini par perdre la voix sur scène. Je garde
tout de même un bon souvenir de la tournée
Seventh One». Après deux ans de silence, qui
feront croire à une séparation du groupe, Toto
revient finalement en septembre 1990 avec un best
of, Past To Présent, qui servira de prétexte à
une nouvelle tournée. Seul hic, le chanteur sud-africain
Jean-Michel Byron se montrera incapable de s'intégrer
au groupe, comme l'explique Lukather : «Je n'ai
pas grand chose à dire sur Jean-Michel Byron. Il
nous avait été envoyé par la maison de disques
et je ne l'ai jamais senti. Il a réussi à
convaincre Jeff, mais ce mec voulait être
Michael Jackson à la place de Michael Jackson...
c'était une erreur! On s'est vraiment planté.
Après le premier concert en sa compagnie, nous
nous sommes regardés avec le reste du groupe en
nous disant «nom de Dieu! Dans quel guêpier on
s'est encore fourrés!». Byron se prenait pour
une star, la huitième merveille du monde. Ça
lui est monté au cerveau et il s'imaginait que
tout le monde venait pour lui, alors que les mecs
du premier rang lui faisaient un doigt en criant
«fuck you! Barre-toi de la scène!». Nous ne
nous sommes jamais entendus avec lui. Je vous
demande de nous pardonner, c'était une erreur».
Encouragé par les tournées Seventh One et Past
To Présent, Lukather saute alors le pas et
décide d'assurer le poste de chanteur à plein
temps, hormis les quelques morceaux chantés par
David Paich. Désormais, le groupe se contentera
tout au plus d'engager des choristes pour l'épauler
sur certains titres. Mais cette fois, pour Toto,
les chanteurs c'est terminé!
Pour l'enregistrement de Kingdom Of Désire, le
guitariste semble dès lors prendre les rênes d'un
groupe qui a retrouvé sa joie de vivre, et cela
malgré le départ inattendu de Steve Porcaro. Le
répit sera de courte durée : le 5 août 1992,
alors que le groupe s'apprête à sortir son
huitième album, Jeff Porcaro meurt des suite d'un
infarctus. Kingdom Of Désire est un de mes
albums préféré, dit Steve. Je suis très fier
d'y avoir participé. C'était notre dernier
album avec Jeff, mais c'était tout de même la
première fois que tout le groupe travaillait
ensemble sur un projet. «Nous en étions
arrivés au stade où nous avions une fois pour
toute décidé d'un commun accord de «ne plus
jamais enrôler un chanteur». Les autres m'ont
appelé en me disant «Steve, c'est toi qui va
faire tout le boulot!». Au cours de la tournée
Past To Présent, nous n'arrêtions pas de
retirer chaque soir des morceaux à Byron pour qu'il
quitte la scène le plus souvent possible, et je
me mettais de plus en plus au chant. «C'était
un album passionnant. Nous nous étions
installés dans le ranch de George Lucas, du
côté de San Francico. Nous étions les uns sur
les autres et nous avions l'impression de
réaliser notre tout premier disque. Nous avons
enregistré toute l'ossature des morceaux en live.
On sent bien les musicien qui jouent dans la
même pièce. J'ai malheureusement beaucoup de
mal à l'écouter aujourd'hui, tant il me remet
en tête le souvenir de Jeff». Autre surprise de
cet album, pas le moindre prénom féminin en
«A», pas d'Angela, de Rosanna, de Manuela, de
Holyanna, de Lea, de Pamela, d'Anna ou de
Mushanga... Toto était-il en panne d'inspiration?
«On m'a plusieurs fois fait la remarque, dit
Steve Lukather, qu'il y avait une chanson avec un
prénom féminin sur chaque album. A tel point
que sur Kingdom nous nous sommes dit «quoi qu'il
arrive, pas de nana sur celui là». Et surtout,
«pas de chanteur!!!». Qu'ils aillent se faire
voir. Un chanteur n'amène que des emmerdes. Si
tu ne sais pas jouer d'un instrument, ne viens
pas dans ce groupe, ha ha! Les chanteurs ne
peuvent être considérés comme des musiciens».
Bien que tout ait été dit sur le décès de
Jeff Porcaro, depuis une allergie aux pesticides
jusqu'à une overdose, les conclusions de l'autopsie
indiquent clairement une défaillance cardiaque,
que l'on peut attribuer à de multiples causes.
Jeff fumait comme un pompier et ne prêtait
aucune attention à son régime alimentaire
malgré un rythme de vie plus que trépidant.
Dévastés par la disparition de Jeff, Paich et
Lukather annoncent dans un premier temps que Toto
se séparera au terme d'une ultime tournée. C'est
à Simon Phillips, l'un des plus redoutables
techniciens de la planète, que reviendra la
lourde tâche de remplacer le batteur de Toto.
Dès la sortie de l'album, en septembre 1992, le
groupe se lance donc dans la plus longue tournée
de son histoire. Pour la tournée, Toto trouvera
la formule qui lui convient grâce à trois
choristes Jenny Douglas-McRae, Donna McDaniels et
John James. Le doute n'est plus permis Toto est
enfin devenu un excellent groupe de scène. Et
les réactions plus que positives du public
auront tôt fait de convaincre ses membres que
Toto peut, et même doit, continuer son aventure,
ne serait-ce qu'en mémoire de Jeff Porcaro. Suite >>>
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