Lorsque les musiciens
se retrouvent, ou plutôt essaient de se
retrouver, en studio pour l'enregistrement de
Hydra, les premières tensions graves s'installent
entre Paich et Kimball. Ce dernier commence à
remettre en question le dirigisme de Paich,
surtout dans le douloureux problème des
compositions, que le responsable des claviers
signe, une fois encore, dans leur presque
totalité. C'est donc dans la douleur que Toto
accouche de ce deuxième opus en décembre 1979.
«On planait un peu trop en ce temps-là,
reconnaît Steve Lukather. Aujourd'hui, je le
trouve un peu trop pompeux. Hydra était une
tentative ratée d'album concept. Nous planions
tellement que nous nous sommes complètement
fourvoyés. Certains membres du groupe
disparaissaient au beau milieu des séances. Il
nous arrivait de dormir pendant trois jours en ne
nous «nourrissant» que de vodka. «On a trouvé
de bons morceaux, mais si le groupe avait été
un peu plus stable, ça n'aurait pas été un mal.
Pourtant, j'entends régulièrement des gens dire
que | c'est leur album préféré. Je n'aime pas
le son général. Je travaillais sur des séances
pendant le mixage et je n'ai donc pas pu donner
mon avis. Au final, ma guitare est complètement
noyée sous les claviers». Après le million d'exemplaires
du premier album, Hydra ne se vend «qu'à» 500
000 exemplaires, ce qui ne manquera pas d'être
considéré par beaucoup comme un échec. Ne se
consolant qu'avec un seul hit,99, les musiciens
décident alors de repenser la formule. Cela n'ira
pas sans heurts, chacun ayant sa propre idée du
style sur lequel Toto doit désormais s'engager
avec le troisième album, Turn Bach qui sort en
février 1981. «Je voulais absolument
transformer Toto en un groupe de hard-rock, jure
Steve Lukather par tous les saints. Je disais aux
autres : «c'est maintenant ou jamais. Il faut
enregistrer un | album de hard-rock !». Il y a
de bons moments sur cet album, mais encore une
fois, nous n'étions pas très clean lorsque nous
l'avons enregistré. Hydra et Turn Back sont les
deux albums sur lesquels j'étais le plus
absent».
Turnn
Back étant passé relativement inaperçu, Toto
décide d'en mettre un coup avec son quatrième
album, IV, et cette fois sera la bonne. Dès sa
sortie, en Juillet 1982, il se hisse à la
quatrième place des meilleures ventes aux Etats
Unis, «Rosanna» venant inaugurer une
impressionnante série de hits : «Africa»,
«Make 3elieve», «I Won't Hold You», «Waiting
For Your Love». «Pour cet album, explique le
guitariste, nous ne nous étions fixé aucune
règle, si ce n'est relie d'enregistrer une bonne
fois pour toutes, un album représentatif de Toto.
Chacun devait amener des chansons, David Paich me
poussait énormément à composer. C'était une
période très créative et c'est de loin le
meilleur album de cette formation. «En studio,
tout se déroulait à merveille. Nous avons même
enregistré un paquet de titres qui n'ont pas pu
figurer sur l'album. Toto a marqué un tournant
de notre carrière. Nous avons vendu des tonnes d'albums,
remporté quantité de Grammy Awards, et j'ai
encore du mal à croire ce qui nous est arrivé
à l'époque. On peut s'estimer heureux lorsque
cela arrive une fois dans la vie d'un musicien.
«Mais je me souviens aussi de la réaction. On
nous a pris pour cible. Nous étions «les plus
mauvais musiciens jamais récompensés par les
Grammy Awards». On nous détestait tant que,
plus d'une fois, chacun d'entre nous a pensé
arrêter la musique en se disant «à quoi bon ?».
Et puis nous ne tardions pas à nous reprendre :
«hey, ce n'est qu'une minorité. Ceux qui aiment
notre musique sont beaucoup plus nombreux. Nous
vendons des millions d'albums, fuck!». Même
aujourd'hui, nos tournées attirent de plus en
plus de monde et nos albums continuent ! à se
vendre plus que correctement». Soulignons au
passage que la légende selon laquelle l'actrice
Rosanna Arquette serait à l'origine de la
chanson «Rosanna» est formellement démentie
depuis par Steve Lukather :«On a dit que Rosanna
est dédiée à Rosanna Arquette, mais cette
chanson n'a rien à voir avec elle! Elle voudrait
bien que la chanson ait été écrite pour elle,
mais ce n'est pas le cas. Rosanna Arquette
commençait à faire parler d'elle à la même
époque et on a fait le rapprochement...». Sous
la pression du succès et de divers excès, Toto
est alors au bord de l'implosion. David Hungate
est le premier à quitter le groupe, début 1984,
et sera remplacé par Mike Porcaro. Quelques
semaines plus tard, Bobby Kimball est gentiment
prié de boucler ses valises au cours des
séances d'enregistrement de l'album Isolation,
pour lesquelles le chanteur se fait
régulièrement porter pâle. Les musiciens ne
conservent que les churs enregistrés par
Kimball, faisant dès lors appel à Denis "Fergie"
Frederiksen, ex Trillion et Le Roux, afin de
reprendre toutes les parties vocales de l'album.
Pour Toto commence une longue série de
malédictions avec ses chanteurs. «A cette
époque, se souvient Lukather, je voulais Eric
Martin (futur Mr. Big) comme chanteur. Je me suis
mis à genoux devant Jeff. Mais il voulait ce
type, Fergie Frederiksen. Jeff était
incroyablement persuasif, il aurait convaincu un
déménageur de se balader en jupette. Bobby a
chanté sur un titre que nous n'avons pas retenu
pour l'album, «The Right Part Of Me». En voilà
un qui finira certainement dans le futur coffret!
«J'avoue que je n'ai pas écouté Isolation
depuis longtemps. A part deux ou trois morceaux,
j'ai un peu oublié cet album.
Nous étions tellement sollicités à cette -poque...
Nous avons joué les parties instrumentales du
projet USA For Africa, et, à la demande du
Comité Olympique, nous avons enregistré le
thème des jeux de Los Angeles. C'est
probablement le titre le plus connu de Toto,
même si personne ne sait que c'est nous. On l'a
entendu d'un bout à l'autre de la planète. «Le
pire reste qu'on n'a pas vu la queue d'un dollar
pour ça. On s'est complètement fait entuber par
des mecs qui se disaient nos amis. C'est comme
pour les concerts de charité : l'argent ne va
pas forcément là où il devrait. Je ne sais pas
si vous vous souvenez de la tournée ARMS, en
1983, dans laquelle simon Phillips jouait (en
compagnie, de Jeff Beck, Eric Clapton, Jimmy Page
et Ronnie Lane). Un avocat véreux a fini par se
barrer avec tout le blé. C'est souvent le cas».
Dans le même temps, les musiciens continuent à
accumuler les séances, de Michael Jackson à
Lionel Ritchie, et certaines ne manqueront pas de
jeter un nouveau discrédit sur leur réputation.
La principale étant celle où, à la demande de
la maison de disques d'Eric Clapton, peu
convaincue par le potentiel commercial de son
album Behind The Sun, ils viendront retravailler
les bandes, au grand dam du guitariste et de son
producteur, Phil Collins. Malgré un succès d'estime
avec le titre «Stranger In Town», l'album
Isolation, sorti en décembre 1984, est bien loin
d'égaler les performances réalisées par son
glorieux prédécesseur. En dépit de sa
participation à USA For Africa (c'est bien
évidemment Toto au grand complet qui a
interprété la musique de «We Are The World»),
le groupe est exclu du Live Aid. De plus, il
essuie un échec cuisant avec la bande originale
du film Dune, de David Lynch, en janvier 1985.
«Il ne s'agissait pas vraiment d'un album de
Toto, reconnaît Steve Lukather. C'était un
projet monté par David. On nous avait proposé
la musique du film Footloose ou celle de Dune.
Nous avons choisi Dune... et bing, la musique de
Footloose s'est vendue à plus de douze millions
d'exemplaires. Nous n'avons peut-être pas fait
le bon choix. Cela dit, je ne me vois pas en
train de chanter «Footloose» pour le restant de
mes jours». Suite
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