Malgré les multiples
occupations de ses membres, lesquels ont
participé peu ou pour à un bon millier de
projets ici ou là, Toto a sorti neuf albums en
seize ans , sans compter ce Best Of, contenant
plusieurs inédits, une bande originale de film (Dune)
et un livre.
On comprend dès lors que certains musiciens au
chômage lui vouent une haine féroce. Et, si la
peine de mort devait exister en matière de
musique, Toto serait à n'en pas douter l'une des
premières victimes d'une exécution que certains
critiques semblent appeler de tous leurs voeux.
Au-delà de cette preuve flagrante d'intolérance
à l'égard d'un groupe qui ne mérite
certainement pas tant de véhémence, on
constatera que Toto a marqué l'histoire du rock,
tant avec ses tubes planétaires qu'avec des
albums dont la sophistication n'aura échappé à
personne.
S'il ne
faut retenir qu'un seul coupable, c'est
probablement à David Paich que revient la lourde
responsabilité d'avoir engendré cette apparente
hérésie qu'est Toto. Alors qu'en 1978 on pense
que la révolte punk a fait le ménage au sein
des dinosaures, voilà que ce claviers de studio
californien, fils du compositeur, chef d'orchestre
et arrangeur Marty Paich, en crée un nouveau,
dinosaure. Sans passer par la case départ des
garages ou des petits clubs enfumés, et en
réunissant dans un seul et même groupe six des
plus redoutables mercenaires de studios
américains. Car Paich a des complices, et non
des moindres. En fait, le noyau de la bande s'est
connu quelque huit ans auparavant à la Grant
High School. Dans ce lycée de la San Fernando
Valley sévit alors un groupe du nom de Still
Life (ou Rural Still Life). Il regroupe déjà
les frères Porcaro (Jeff à la batterie et Steve
aux claviers), dont le papa Joe est un célèbre
percussionniste de jazz, et un jeune morveux de
guitariste, Steve Lukather, âgé d'à peine 15
ans. Déjà, à la fin des années 70, le
palmarès de ces requins inclut des
participations aux albums de Boz Scaggs (pour
lequel Paich a co-écrit de nombreux titres sur
Silk Degrees et Down Two The Left), Aretha
Franklin, Jackson Browne, Barbra Streisand, Hall
and Hoates, Alice Cooper, Valérie Carter, Steely
Dan, Léo Sayer, Steven T., Gary Wright, John
Mayall, Joe Cocker, Donovan, Neil Diamond, Harry
Nilsson, Glen Campbell, Seals and Croft, Mickey
Thomas, Tommy Bolin, Les Dudek, Robert Palmer,
Hoyt Axton, Jimmy Webb, Lee Ritenour, Rick Danko,
Cheryl Lynn. Et pour faire bonne mesure, on y
ajoutera des tournées avec Sonny and Cher...
Dire que les quatre musiciens bouffent à tous
les râteliers est donc le plus doux des
euphémismes, et cela leur coûtera cher par la
suite. La formation est alors complétée par le
bassiste David Hungate, autre vieille
connaissance et musicien de studio aguerri, et le
chanteur Bobby Kimball, qui avait auparavant
enregistré un album avec S.S. Fools, groupe
formé par l'ancienne section rythmique de Three
Dog Night.
Pour le nom du groupe, les musiciens tombent d'accord,
sans trop y réfléchir, sur celui de Toto. A la
suite d'une plaisanterie de Kimball, de nombreux
journalistes n'hésiteront pas à reprendre une
pure invention du chanteur lors d'une interview
pour le magazine Rolling Stone : celui d'un nom
de baptême de Robert Toteaux transformé en Toto...Un
gag que l'on retrouve dans les plus sérieuses
encyclopédies du rock. La seule réputation des
six hommes leur suffit pour obtenir un contrat
avec CBS, et cela sans le moindre concert, ce qui
ne manque pas de jeter une certaine suspicion sur
ce groupe inconnu lorsque sort son premier album
en décembre 1978. De plus, si sa ligne
générale semble suivre celle de formations
comme Journey, Styx, ou éventuellement Kan-sas,
à mi-parcours entre le progressif et le rock
mélodique (que l'on n'a pas encore qualifié de
"FM"), certains titres évoquent
immanquablement les styles nettement plus
commerciaux sur lesquels les musiciens se sont
penchés lors de leurs diverses collaborations en
studio.
Un succès trop prématuré agace souvent,
surtout, comme ce fut le cas pour Toto, lorsqu'il
est particulièrement retentissant. Mis sur
orbite grâce au hit «Hold The Line», qui
grimpe jusqu'à la 5e place des charts
américaines, l'album dépasse allègrement le
cap du million d'exemplaires vendus. Alors qu'il
effectue une tournée en première partie de Styx,
Toto est aussitôt catapulté au rang de vedette.
«Putain, ça fait une éternité ! se souvient
le guitariste. Je n'étais qu'un gamin.. J'ai l'impression
d'avoir vécu ça dans une autre vie. J'avais à
peine 20 ans lorsque nous avons débuté. J'en ai
gardé pas mal de j souvenirs très fun. «L'album
a été très long à enregistrer. Nous sommes
restés plus de neuf mois en studio. Au final,
nous avons écarté aussi loin que nous dans ce
type d'expériences. Nous en avons vraiment chié
sur cet album, mais le résultat a dépassé tout
ce qu'on pouvait espérer. Nous avons vendu
plusieurs millions d'exemplaires. Mais quand-même,
lorsque je réécoute ce premier album j'entends
immédiatement mon manque d'expérience. J'étais
si jeune et innocent... Comparé à cette époque,
je me sens vieux et usé, ha ha!». Au lieu d'essayer
d'améliorer ce qu'ils appellent eux-mêmes leurs
"lamentables performances scéniques",
les six hommes préfèrent s'atteler aussitôt à
un deuxième album, toujours sous la direction de
David Paich. Après le succès du premier, le
défi est lourd à relever, et la réussite ne
sera que partielle. «La plupart des groupes
sortent un bon premier album, commente Lukather,
mais le second est souvent une grosse merde!
Paich était le principal compositeur sur cet
album. Je ne pondais pas grand chose à cette
époque. David était mon héros, et il l'est
toujours. Nous étions vraiment comme des frères
dans le groupe. Nous avons grandi ensemble...
Seul Bobby est arrivé à la dernière minute, et
il ne s'est jamais complètement intégré».Suite >>>
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