La fin des heros ?

 


Alors que Joe Satriani et Steve Vai remportèrent, par G3 interposé, un succès imposant, que Steve Lukather sortait un album solo et que Ritchie Blackmore jouait les ménestrels moyen-âgeux, il paraissait plus que judicieux de profiter du passage dans la capitale de ces virtuoses de la six-cordes pour leur poser la question brûlante : quel avenir pour les guitare-héros dans le nouveau millénaire ? À vos manches, prêts, partez !

Mai 1997, à quelques jours d'intervalle, Joe Satriani, Steve Vai, Steve Lukather et Ritchie Blackmore, quatre guitaristes, et non des moindres, venaient goûter aux joies du "gai Paris"... L'occasion était trop belle pour ne pas se pencher sur ce qu'est devenue la reine à six cordes à l'aube de l'an 2000 et de rouvrir ainsi un dossier devenu bien poussiéreux : celui des guitar héros. Un terme qui semble tombé en désuétude.

Car il faut bien reconnaître que, sous le règne des "Robins des bois du grunge", cette décennie aura été marquée par des tris hâtifs, des choix expéditifs, des comportements manichéens avec les bons musiciens "vrais et sincères" d'un côté et... "les autres, quoi, on ne sait pas trop". Les justiciers "surtout pas" masqués de Seattle ont donc fait le ménage et, d'un coup, le monde s'est éclairé... Qui avait besoin de paillettes, de fumées, d'explosions, de maquillages, de couleurs, de décors, alors qu'une bougie et quelques vieilles sapes suffisent, ou presque ?

L'épuration a continué avec la pratique de l'instrument qui était également remise en question. Qui avait besoin de bosser plusieurs heures chaque jour, alors que même les couacs sont intéressants et que deux ou trois notes suffisent amplement pour s'exprimer ? Et, surtout, qui avait besoin de héros pour trouver un surplus de motivation afin de supporter un long et douloureux apprentissage ? Le raisonnement a donc touché les titans de la six cordes, lesquels, il est vrai, avaient probablement besoin d'une ou deux leçons d'humilité. Et dire que Jimi Hendrix a poussé ses premiers cris du côté de Seattle...

Mais voilà, les antihéros sont devenus des héros malgré eux, ce qui les a beaucoup perturbés au passage, et ils ont peu à peu démissionné après le carnage, laissant le terrain libre à des musiques encore plus "désincarnées". Tant et si bien que l'on se pose à nouveau la question aujourd'hui de savoir si cette fois les machines ne vont pas définitivement mettre au placard un instrument aussi "primitif" que la guitare.

De même qu'on avait prédit la fin prochaine de la guitare avec l'avènement du synthétiseur, au début des années 70, puis, dix ans plus tard, avec les vagues disco et new wave - où on avait même démontré qu'on pouvait s'accompagner d'un simple peigne (Cure) -, voici venue l'ère du sampler. Un nouveau solo d'Hendrix ? Pas de problème ! Pouf un vieux vinyle rayé, deux ou trois notes et on ressort ce qu'on veut avec le son du maître trafiqué dans tous les sens. Finis les ampoules au bouts des doigts, les crampes au poignet, le mal au dos (voir Steve Vai). Au lieu de passer des semaines, voire des années avant de sortir un plan acceptable et être capable de jouer comme ses idoles, il suffit de repiquer directement l'original.

On appuie sur un bouton et hop, les héros au placard... Toute la question reste donc de savoir si la guitare saura sortir à nouveau le rock de cette mauvaise passe. Certains y croient d'autres moins...

Joe Satriani - Steve Vai
Le maître et l'élève

L'union fait la force, pour mieux affronter une récession qui les a touchés de plein fouet sur leurs dernières productions, Joe Satriani et Steve Vai se sont enfin associés lors d'une tournée américaine qui a si bien fonctionné que le tandem a renouvelé l'expérience G3 en Europe avec le même succès, même si le duo, enfin le trio (on ne sait plus trop) ne nous a laissé, pour le moment, qu'un album frustrant.

Hard N' Heay : Le succès de la tournée G3 a surpris tout ceux qui croyaient que l'ère des guitaristes était révolue, aviez-vous eu le sentiment d'une récession dans vos carrières respectives ?

Joe Satriani : Lorsque j'ai commencé à apprendre la guitare, le rock n'était pas encore considéré comme une culture. Il n'y avait pas de radio rock. Au départ, Led Zeppelin avait même revendu ses droits d'édition. Ils ne croyaient pas que les radios pourraient jouer leurs morceaux, ni que l'on vendrait des partitions. Il n'y avait pas le moindre professeur de guitare qui enseignait quoi que ce soit ayant un rapport même lointain avec le rock. Soudain tout le monde s'y est mis et j'ai vu ça de façon très positive. Et puis l'intérêt s'est amenuisé avec les années 90, mais là j'ai l'impression que ça repart. La tournée G3 est un succès et je suis persuadé que nous n'aurions jamais pu faire une telle tournée en 1970, encore moins en 1980 et je ne me prononcerai pas sur le début des années 90. Il y a encore des gamins qui s'y mettent, comme Kenny Wayne Shepperd ou Johnny Lang, donc tout va bien.

Références

A-t-on encore besoin de s'identifier à des idoles, les guitar-héros ? Ou pourrait-on imaginer uniquement des musiciens qui travaillent la guitare sans la moindre référence ?

Steve Vai : J'avais mes héros, c'est certain. Lorsque j'ai entendu Led Zeppelin, et surtout le solo de "Heartbreaker" par Jimmy Page, je n'avais plus qu'une idée en tête : arriver à le rejouer note pour note. J'ai ensuite commencé à prendre des cours avec Joe et il m'a fait connaître Jimi Hendrix. Si ces musiciens n'avaient jamais existé, mon dieu, je ne pense pas que je serais là. Même si avant d'entendre parler d'eux, je trouvais l'instrument lui-même terriblement attirant... Je dirais même que la guitare me faisait peur au départ. J'avais un copain qui en jouait à l'école et je me rappelle que j'étais complètement terrifié. Je pensais être totalement incapable de pouvoir en jouer un jour. Ce n'est que bien plus tard que j'ai surmonté cette crainte, mais j'ai toujours gardé une fascination étrange pour l'instrument lui-même.

Joe Satriani : Serais-je guitariste aujourd'hui sans certaines idoles ? C'est difficile à dire... Je ne saurais nier à quel point l'image de Jimi Hendrix m'a impressionné. Il avait le look le plus cool de la terre et cela ne nuisait en rien à son jeu de guitare extraordinaire. Je m'identifiais autant à sa musique et aux messages qu'il véhiculait qu'à son apparence. Tous ceux que je connais et qui possèdent une certaine passion pour la musique peuvent évoquer un moment de leur vie, une vision, une rencontre qui a servi de catalyseur et les a inspirés pour le reste de leur existence. Pour moi, c'était Hendrix. Sans lui et quelques autres expériences, notamment avec mon oncle qui était musicien professionnel, je serais probablement passé à côté. Une simple guitare dans un coin est, à peu de chose près, aussi intéressante qu'une chaise (rires) ! De même que celui qui s'assied sur cette chaise peut être fascinant, c'est celui qui prend la guitare qui peut, ou non, la rendre exceptionnelle.

À quand remonte cette notion de guitar-héros, selon vous ?

Joe Satriani : Je ne sais pas vraiment, chacun a sa propre définition... Lorsque Link Wray a sorti l'instrumental "Rumble" (1958), le monde était différent... Il n'y avait pas, ou peu, de rock'n'roll pas de distorsions... Il était le premier, c'était incroyable, mais tout le monde se moquait de lui, à part quelques gamins plus originaux. Pour toute une génération, Link Wray était "le" guitar-hero... Dans un sens lorsqu'un nouveau guitariste arrive, comme dit Nigel Tufnel, dans Sinal Tap, il est "le trois-cent trente-cinquième guitar hero". Il y en a tellement aujourd'hui...

Chaque décennie a eu ses héros avec, pour ne citer que les plus évidents : Hendrix, Clapton, Beck et Page pour les années 60, Blackmore, Van Halen, Gilmour ou Gallagher, pour les années 70, Rhoads, Malmsteen, Satriani ou Vai, pour les années 80 et, pour les années 90, sorti de Morello ou, à la limite Bettencourt, on ne trouve pas de véritable légende...

Joe Satriani : Ce n'est pas plus mal... Je préférerais qu'il n'y ait pas tout ce cérémonial autour du héros.

Steve Vai : Je crois que l'on attend simplement un guitariste qui va arriver avec un jeu complètement original, très révolutionnaire... Il y aura à nouveau cette dévotion. Au cours des siècles, on a toujours trouvé des artistes qui ont sans cesse repoussé les limites de la virtuosité en piétinant les règles établies. Ce qui change c'est l'époque, la culture... Mais nous sommes encore dans le siècle de la guitare. C'est certainement l'instrument qui a le plus marqué depuis des dizaines d'années. Son destin est sans doute dans les mains d'un gosse qui est encore à la maternelle au moment où je te parle. Un beau jour, en une chanson de deux ou trois minutes, il va à nouveau ouvrir de nouvelles possibilités... À moins qu'effectivement nous soyons en train de vivre les débuts d'une nouvelle famille d'instruments.

Avec l'écurie Mike Varney en tête, n'y a-t-il pas eu surproduction dans le domaine de la guitare ? Les originaux n'ont-ils pas souffert de cette armée de virtuoses qui ont surgi après Surfing With The Alien et les premiers albums de Malmsteen ?

Steve Vai : Le monde est ainsi fait... Même la nature est basée sur la surproduction. Je ne suis pas persuadé que les précurseurs subissent tant que ça la concurrence. Cela arrive dans tous les genres de musique. Quelqu'un se pointe avec une idée intéressante et soudain une foule de gens s'identifient à ce qu'ils font. Lorsque Joe est arrivé, il a proposé une musique originale, claire et mélodique. Certains préfèrent repiquer ce genre d'idées et ne voir que l'aspect technique. J'ai entendu de nombreux guitaristes jouer pratiquement comme Yngwie Malmsteen ou Joe. Mais il ne faut jamais oublier d'où viennent les idées. Il faut bien plus qu'une simple imitation pour passionner les gens. Mais il faut respecter aussi le travail des autres guitaristes. C'est peut-être grâce à eux que nous sommes encore là aujourd'hui. En ce qui me concerne, j'ai eu la chance de voir Joe jouer depuis des années et je ne nierai pas qu'il m'a énormément inspiré.

Joe Satriani : Il faut relativiser ce que l'on croit être une vérité... En Inde, en Chine, au Pérou, connaît-on ce genre de problème ? Non, je ne crois pas... Nous sommes là, à Paris, et nous discutons sur la surproduction des guitaristes. Il faut avoir une vision plus large. Lorsque Steve ou moi, ou même Eddie Van Halen, qui est probablement le plus symbolique des guitaristes apparus ces deux dernières décennies, avons commencé, nous avions toutes les raisons de renoncer. Il y avait le disco. Nous pouvions nous dire : « Mais merde, nous ne sommes qu'une bande d'attardés. Comment pouvons-nous jouer encore de la guitare ? Allons plutôt nous acheter des costumes colorés pour aller sur les pistes de dance. » Mais nous nous sommes acharnés. Nous avons continué à faire ce que nous voulions, ce qui est le principe même du rock. Cela me rappelle cette jolie phrase de Zack De La Rocha : « Fuck you, I won't do what you tell me (allez vous faire foutre, je ne ferai pas ce que vous me dites) ! »

Steve Vai : Ce n'est peut-être pas très profond, mais c'est dit avec conviction, colère et on sent vraiment la "rage" de Zack (rires).

Joe Satriani : Je vais te dire... Mike Varney m'a jeté lorsque je suis allé le voir il y a des années avec mon premier album. Il m'a expliqué qu'il n'aimait pas et que personne ne l'achèterait. D'après lui, ce n'était pas ce que les gens cherchaient... Depuis, j'ai l'impression qu'il a changé d'avis, comme tous ceux qui pensent à la musique en termes de statistiques ou d'études de marché.

Bosser huit heures...

En 1997, les conseils ont-ils changé, lorsqu'il s'agit d'aborder la guitare ? Avant c'était « bossez, bossez, bossez... » Est-ce encore valable aujourd'hui ?

Joe Satriani : C'est toute la question... Le talent est-il nécessaire ou suffit-il de bosser comme un fou pour y arriver ? Je suis certain que Mozart a énormément travaillé, mais une année de travail de Mozart nous prendrait au moins dix mille ans à nous. Il nous faudrait des mois de concentration avant d'arriver à créer une oeuvre qu'il a composée en prenant son petit déjeuner. On voit ça très bien chez les jeunes enfants. Lorsqu'ils sont réellement passionnés par quelque chose, ils observent le lundi et ils sont souvent capables de le reproduire le mardi, sans que l'on comprenne comment ils ont fait... On n'est donc pas près d'expliquer ce qui peut se passer dans un cerveau ni quelles en sont les limites.

Steve Vai : Lorsque j'ai travaillé avec ce groupe de gamins, Bad 4 Good, Thomas McRocklin', le guitariste, était une sorte de surdoué. Je lui montrais un plan difficile et dès le lendemain il était capable de le rejouer. On croit toujours qu'il existe des limites, mais l'histoire vient souvent prouver le contraire.

Quelques recommandations, pour finir ?

Steve Vai : Le seul conseil utile que je donnerais aujourd'hui, c'est de faire attention à la façon dont vous êtes assis, tenez-vous droits... Sérieusement ! Lorsque j'ai commencé, je ne me suis pas soucié de ma position et j'ai fini par me ruiner la colonne vertébrale. J'ai subi plusieurs opérations. Alors ne faites pas la même erreur que moi.

Il faut attaquer ton prof, ça mérite un procès ! Il ne t'avait pas mis en garde ?

Steve Vai : Non, mais il me tapait sur les doigts quand je ne travaillais pas assez...

Joe Satriani : Sans oublier quelques décharges électriques de temps à autres pour lui apprendre la discipline (rires)...

Steve Vai : C'est vrai ça, pourquoi ne m'as-tu pas dit de me tenir droit ? Je vais prendre un avocat et te faire payer mes opérations du dos (rires) !

Steve Lukather
Le "banni"

Troisième échappée en solitaire pour le guitariste de Toto. Rarement démonstratif sur album, il l'est encore moins sur ce Luke et, s'il prend ses distances par rapport à son groupe, qui ne s'est pas séparé (il insiste). Il n'en profite donc pas pour se laisser aller à un déballage de virtuosité dont on le sait capable. Compositeur et chanteur autant que guitariste, il est toujours resté méfiant vis à vis du créneau instrumental et des projets trop "guitaristiques". En cela il ne se range pas vraiment aux côtés de Vai et Satriani, au-delà de tout le respect qu'il garde pour eux.

Steve Lukather : Je ne ressens plus le besoin de me faire mousser en tant que guitariste. Live je me laisse aller autant que j'en ai envie, je me lance dans de longs solos, mais sur album, il s'agit avant tout de composer de bonnes chansons et de travailler le son, le chant... Il y a tellement de guitaristes qui font ça bien mieux que moi. Je laisse les albums de guitare à Satch, Vai, Eric Johnson... Lorsque je me pose la question « le monde a-t-il besoin d'un guitariste instrumental de plus ? », la réponse est non. Je les adore mais je ne me vois pas uniquement comme un guitariste. Je n'ai jamais fait partie de la famille des guitar-héros. Je crois que je suis né trop tard. J'aurais dû venir au monde en 1947. Tous les musiciens dont je me sens proche sont de cette génération. Je vais produire le prochain album de Jeff Beck et c'est vraiment mon héros de toujours. Je le connais depuis pas mal d'années, mais, dernièrement, nous nous sommes retrouvés dans le même avion et c'est là que nous nous sommes mis d'accord pour son nouvel album. Il m'a même promis de monter sur scène lors de mon prochain concert à Londres. Slash sera là aussi... On est tous potes, vous voyez...

Maladie honteuse

Hard N' Heavy : On a le sentiment que la virtuosité est presque devenue une maladie honteuse...

On trouve toujours les mêmes guitaristes qui jouent sensiblement la même chose, mais la presse a décidé un beau jour qu'elle les détestait. Moi, la presse m'a toujours haï, alors je m'y suis habitué. Mais regardez, la tournée G3 a été une réussite et je suis ravi pour Steve et Joe, ce sont mes amis. Mais pour certains journalistes, savoir jouer d'un instrument est toujours suspect. Nous sommes à la fin d'une décade et les gens sont à nouveau fatigués d'entendre le même discours. Et puis quels sont les musiciens qui remettent toujours en cause la technique ou la virtuosité ? Uniquement ceux qui ne savent pas jouer ! Lorsque l'on ne sait pas jouer vite on a la haine contre ceux qui en sont capables. En revanche, j'ai rarement vu ceux qui savent jouer se permettre de narguer les autres.

Revenons en arrière, plus précisément à tes débuts. Quel a été le premier déclic pour toi ?

Je devais avoir sept ans et mon père m'a offert une guitare et un album des Beatles. Je n'ai pas cessé de jouer depuis. Par la suite, j'ai découvert Hendrix et Jeff Beck, puis Clapton, Page, Gilmour...

Ces exemples étaient indispensables pour progresser ?

Bien sûr. J'écoutais ce qu'ils faisaient, je trouvais ça incroyable et je n'avais plus qu'une seule idée : arriver à comprendre et reproduire leurs idées, leur son... Toute ma vie, je me suis imaginé que j'étais assis en face de Jeff Beck et qu'il me donnait des cours. Et finalement c'est arrivé il y a quelques mois. Je me suis même mis à jouer sans médiator, comme lui. Cela m'a ouvert de nouveaux horizons. Pour moi, c'est Jeff le dieu suprême.

Retour de bâton

N'as-tu pas ressenti comme un rejet de cette approche studieuse de la guitare au début des années 90 ?

C'était le retour de bâton inévitable. On en est arrivé à un point où les gamins se sont dit qu'ils ne pourraient jamais jouer comme ça un jour et qu'en y réfléchissant, ils n'avaient pas du tout envie de s'y mettre. D'autant que la plupart des guitaristes ont complètement oublié la musicalité et le travail de composition en chemin. Les jeunes ont donc fini par penser : « Et merde, on va abaisser la tonalité de la guitare pour avoir un son bien gras et jouer avec une "attitude". » Et c'est comme ça qu'est venue la vague alternative. Je ne leur donne pas tout à fait tort... Mais, comme toujours, il y a eu une réaction et on revient à des parties de guitare plus élaborées. Il existe encore un grand respect pour les bons musiciens. Cela ne vient peut-être pas des médias... Regarde ce qui s'est passé, tous ces groupes sympas de Seattle se sont séparés. Soundgarden et Alice In Chains n'existent plus et je ne parle pas du drame de Nirvana. C'étaient des groupes très prometteurs, mais le raisonnement ne pouvait pas tenir sur une longue période. Je ne comprends pas que l'on puisse traiter un beau jour certains musiciens comme des criminels et les comparer à d'autres beaucoup plus "sincères". Merde, nous n'avons jamais tué personne !

Et la vague techno, crois-tu que les machines vont éliminer un instrument comme la guitare ?

Personnellement, j'aime me servir de certaines machines, mais elles ne remplaceront jamais un musicien. Les machines sont incapables d'improviser. Elles ne peuvent que resservir le même programme. Au bout d'un moment c'est gonflant. C'est sympa si on est sur une piste de dance et qu'on est sous extasy, on décolle. Mais cela ne s'applique pas à un public attentif et concerné par la musique. On ne peut jamais prévoir ce qui va arriver. Qui sait ? Le prochain genre à la mode sera peut-être un retour au rock progressif comme au temps de Genesis ou Yes... Et là je suis certain qu'il y aura pas mal de guitares.

Ritchie Blackmore
Le "ménestrel new age" ?

Smoke On The Water... TENTENTEN TENTEN TENTEN »... Le riff est connu à travers toute la galaxie et on ne saurait dénombrer le nombre de vocations qu'il a suscitées, s'il ne fallait retenir qu'un coupable c'est bien Ritchie Blackmore. Et pourtant il n'est pas non plus le meilleur avocat de la confrérie des guitaristes. Loin s'en faut, son nouvel album, Shadow Of The Moon, est aussi éloigné que possible de ce qu'on pouvait attendre d'un album solo du guitariste de Deep Purple et Rainbow. On ne peut, du reste, le considérer comme un album solo, le projet étant basé sur sa collaboration avec la chanteuse, également sa compagne, Candice Night (d'où le subtil intitulé Blackmore's Night), dans un registre qui évoque plus le folk celtique ou la renaissance que quoi que ce soit de son passé au sein de Purple ou de Rainbow.
Ritchie Blackmore : Ma musique et mon jeu de guitare viennent autant du rock que de la renaissance. Je reste persuadé que certains sons, certaines harmonies du rock viennent aussi bien d'Europe que des Etats-Unis. Il y avait un parfum de musique médiévale ou renaissance dans Rainbow, mais j'ai enfin pris la liberté de m'y plonger totalement avec cet album. De plus, je n'aurais jamais pu demander aux chanteurs avec lesquels j'ai travaillé de chanter comme Candice le fait sur cet album. Je ne vois vraiment pas Ian Gillan chanter le moindre morceau de Shadow Of The Moon.

Tout simplement...

Hard N' Heavy : Ce n'est pas vraiment l'album de guitare que l'on attend de Ritchie Blackmore depuis des années...
Je n'écoute que rarement des albums de guitare. Je continue à travailler l'instrument, mais je ne m'intéresse plus vraiment à ce qui se fait dans le domaine de la guitare. Je crois qu'il y a eu trop de guitaristes. On est arrivés à saturation. Je suis conscient qu'il existe d'excellents musiciens, mais je n'ai pas l'impression qu'il se passe de choses vraiment nouvelles. Dans les années 50 et 60, tout est allé si vite. Ca s'est ralenti dans les années 70 et, même s'il y a de bien meilleurs musiciens aujourd'hui, techniquement parlant, j'ai l'impression qu'ils se contentent de jouer vite et de multiplier les démonstrations. Au bout d'un moment, c'est lassant, on a envie de leur dire : « Hé, calmez-vous un peu, jouez simple, jouez quelque chose que l'on puisse siffler, que l'on puisse ressentir... »

Certains ne manqueront pas de penser que tu es l'un des principaux responsables de cette approche de la guitare... Nombre de ces musiciens sont tes "descendants".
Je sais... Mais c'est allé au-delà de ce que je défendais. Le jeu rapide est une chose, le mitraillage une autre... Mais nous avons tous besoin d'avoir des héros, parfois on arrive à les surpasser. Je ne crois pas que l'on se donnerait autant de mal sans avoir d'exemples réels.

Au cours de cette période d'apprentissage, quels étaient tes "héros" ?

Cela allait de Les Paul à Chet Atkins, en passant par Django Reinhardt, Hank Marvin, Buddy Holly, Duane Eddy, Scotty Moore, ou Cliff Gallup... Je n'ai pas perdu ma technique électrique, mais j'ai travaillé d'autres styles ces dernières années.

Tes idoles ont-elles changé depuis, ou gardes-tu les mêmes héros ?

Après avoir joué pendant plus de trente ans, j'ai pas mal changé... Je n'ai plus vraiment de héros, mais j'apprécie des musiciens très différents, comme Adrian Legg ou Leo Kotke. Nous sommes en train de répéter en vue d'une tournée pour Blackmore's Night et cela m'a fait complètement revoir certaines techniques sur scène, d'autant que nous allons adapter des titres de Rainbow ou de Deep Purple. Nous avons essayé "Perfect Strangers" et je n'aurais jamais cru que cela puisse fonctionner aussi bien en acoustique. Il y a même des chances pour que nous jouions "Child In Time".

Ce nouveau projet marque-t-il la fin de la guitare électrique, et de Rainbow par là même ?

Non, j'avais simplement besoin de faire une pause. Nous avons déjà commencé à travailler sur des compositions pour le prochain Rainbow. Mais j'ai également six nouveaux titres pour Blackmore's Night. Je pense que je continuerai à assurer les deux. Il ne nous restera plus qu'à compter le nombre de fans qui vont se plaindre de ce projet. Mais ce sera peut-être le contraire, on me demandera peut-être de jouer de moins en moins avec Rainbow. Quoi qu'il arrive, je ne suis pas encore lassé par la guitare électrique.

Jean-Pierre SABOURET

« Une simple guitare dans un coin est, à peu de chose près, aussi intéressante qu'une chaise. »
Joe Satriani

« Le destin de la guitare est sans doute dans les mains d'un gosse qui est encore à la maternelle. »
Steve Vai

« Le prochain genre à la mode sera peut-être un retour au rock progressif comme au temps de Genesis ou Yes... Et là je suis certain qu'il y aura pas mal de guitares. »
Steve Lukather

« Le jeu rapide est une chose, le mitraillage une autre... »
Ritchie Blackmore

Source: www.p-point-a.com/le-mag/



Copyright © 1998-2005 totoweb.org - Jérôme & Nick