TOTO plus rock que jamais

 


La quarantaine bien sonnée mais plus “rock” que jamais, le mythique groupe californien faisait une nouvelle fois étape à Toulouse il y a peu. L’occasion pour “l’Opinion” d’aller à la rencontre des “piliers” David Paich (claviers) et Steve Lukather (guitare) afin d’en savoir plus sur la véritable histoire de Toto. Avec l’aimable participation de Simon Philipps (batterie) et de Steve Porcaro (claviers).

Comment a commencé l’histoire de Toto ?
David Paich : C’est comme si on avait grandi ensemble. Nos parents étaient musiciens et se connaissaient déjà. C’était comme une communauté musicale, une espèce de grande famille basée à Los Angeles, en Californie. Les liens entre eux ont favorisé les nôtres, et au collège, puis au lycée, on a commencé à se voir de plus en plus souvent pour jouer avec Luke (NDLR : Steve Lukather) et la famille Porcaro. Fonder un groupe après ça, c’était comme naturel... et ça dure depuis 25 ans ! Avec une base américaine au départ, avant que “les Anglais”, Bobby (NDLR : Kimball, la voix “historique” du groupe, celle de “Rosanna” et de “Africa”) puis Simon (NDLR : Phillips) ne nous rejoignent.


Un mot de ce drôle de nom de scène, Toto...
Steve Porcaro : Ça n’a pas de signification particulière. C’est juste un nom qu’on a choisi parce qu’il était simple et facile à retenir.
D. P. : On a déjà entendu parler de ce personnage d’histoire drôle auquel ça renvoie pour vous en France. Mais on sait aussi que le terme a d’autres sens ailleurs. Ici, une espèce de clown. Là, un petit garçon... Nous, on aurait très bien pu être “The Shoes”, mais on est “Toto”, voilà !


Quel regard portez-vous sur vos 20 ans de carrière ?
D.P. : Successfull ! (rire) Vendre des millions de disques, c’est une chance qu’on a saisie, un but qu’on a attteint très tôt. L’image, ce serait comme un alpiniste qui arrive très vite au sommet après une escalade ultra-rapide. Une fois là-haut, tu finis forcément par descendre à un moment et ça peut te perturber... Mais c’est justement là que tu peux vraiment être fier d’avoir vendu 30 millions de disques depuis le départ ! Bien sûr, on a eu beaucoup de chance. Mais on a aussi travaillé très dur pour y arriver. Et si on est encore là après tout ce temps, si on tourne comme les autres groupes, si on a des fans et si on nous demande toujours des interviewes, c’est qu’il doit nous rester encore un peu d’intégrité. C’est bien.
La vie du groupe n’a pas été un long fleuve tranquille. Il y a eu des départs, des retours, des drames aussi (NDLR : le décès du batteur Jeff Porcaro). Malgré ce, vous êtes toujours là...
S.L. : Voilà notre plus grande fierté ! C’est d’avoir survécu depuis plus de 20 ans en dépit des obstacles, d’être toujours restés vivants, solidaires et amis. D’avoir gardé le cap quoi ! Après bien sûr, c’est le public qui décide.

Et dans notre cas, il a toujours suivi. Alors on continue : grâce aux fans et pour eux.
D.P. : Dès qu’il est question d’argent -et de beaucoup d’argent en l’occurrence !- dans ce métier, il y a tellement de gens qui finissent par ne même plus se parler... Nous, on communique en permanence depuis le début. Sans ça du reste, Toto n’existerait plus. La musique, c’est pas une histoire de bizness pour nous à la base. Ce qui nous intéresse et qui est en jeu à nos yeux, c’est cette espèce de vecteur de communication magique qu’est la musique. Et notre plaisir commun, c’est d’essayer de bien l’utiliser pour toucher les gens.


Aujourd’hui, Toto n’est plus autant “dans le coup” qu’il y a 10-15 ans aux USA. Mais en Europe et en France en particulier, votre popularité est encore grande. Pourquoi ce contraste ?
D.P. : Notre maison de disque ne nous a pas très bien “vendus” aux USA ces dernières années et elle n’a rien fait pour donner une bonne image de marque du groupe. Tout le monde a pourtant besoin de promotion, même Toto, et je pense qu’on pourrait avoir des résultats comparables si on était “vendu” de la même façon qu’en Europe. Mais on ne “compte” visiblement pas assez ou plus assez chez nous pour bénéficier d’une promo digne de ce nom. Il faut dire qu’il y a beaucoup de concurrence aussi : l’offre de disques et de concerts est démentielle en Amérique !
S. P. : Il y a beaucoup de fans de Toto aux Etats-Unis. Le problème, c’est qu’ils n’entendent jamais parler de nous. On pense même qu’ils sont nombreux à croire que le groupe n’existe plus parce que nos disques sont peu ou mal distribués...
S.L. : Comment veux-tu acheter un disque si tu ne sais même pas qu’il est sorti ?
D.P. : T’as raison : il faut être fort !


L’étiquette “Rock Californien” ou “Rock FM” qu’on vous a collé, elle vous agréé ou non ?
D.P. : On est Californiens, on joue du rock et on passe sur la bande FM. Partant de là, on peut parler de “Rock FM”, on peut dire ça si on veut oui... Mais bon, comment tu peux classer Yes, Peter Gabriel ou Genesis : c’est “du quoi” tout ça ? Pour moi, les gens comme ça, ceux qui sont capables de jouer différents styles, voire tous les styles, c’est difficile de leur coller une étiquette. On peut juste appeler ça de la musique. Et bien pour nous, c’est pareil : ce qu’on fait, c’est notre musique à nous, notre son à nous ! Avec une solide base rock, d’accord, parce qu’on est d’abord un groupe de rock, mais pas seulement : aller à la frontière de tous les styles à partir de cette base, c’est ça notre identité.


Vos relations dans “le métier” ?
S.L. : En marge de Toto le plus souvent, mais parfois aussi avec le groupe comme pour Miles (NDLR : Davis), chacun de nous a joué sur des centaines et des centaines (!) de disques avec des tas de gens différents. On n’est pas forcément devenus potes avec tout le monde, mais ça a créé pas mal de liens et c’est difficile de donner un nom plutôt qu’un autre. En fait, tu prends n’importe quelle “pointure” tournant depuis au moins 10 ans et tu peux être sûr qu’au moins l’un d’entre nous a travaillé avec : ça fait quand même un paquet de gens tu vois ! D’ailleurs, il serait plus facile de repérer un mec qui n’a jamais bossé avec nous que le contraire...


Comment travaille-t-on, justement, au sein de Toto ?
S.P. : Il n’y a pas vraiment de méthode arrêtée. Ça dépend des chansons et des albums. Parfois, c’est tous ensemble. D’autres fois, c’est Luke (NDLR : Steve Lukather) et Dave (NDLR : David Paich) ou Mike et moi. Il nous arrive aussi de recourir à des auteurs extérieurs comme Stan Lynch, Randy Goodrum ou Mark Hudson pour parler de “Mindfields” par exemple. Mais encore une fois, on n’a pas de formule magique et immuable. On passe par beaucoup de voies différentes et on prend ce qu’il y a de mieux dans le lot en fait.


Vu de France, il est parfois difficile de comprendre les USA et leur président en particulier. Votre point de vue là-dessus ?
D.P. : On ne discute pas de ça publiquement. La politique, on n’en parle pas dans les interviewes. On laisse ça aux politiciens.
S.L. : Bon, on est plutôt enclins à promouvoir des valeurs positives comme la paix et le partage. Que chacun soit cool et essaie de rendre le monde meilleur, on n’a rien contre. Mais il y aura toujours le mal en face du bien et on n’y peut pas grand-chose. Nous, on est d’abord des “entertainers”. On est là pour faire oublier leurs problèmes aux gens, pas pour leur faire la leçon. On laisse bien filtrer un petit message ici ou là -voir “Better World” sur “Mindfields”- mais ça s’arrête là...

Propos recueillis par Jérôme LECLERC



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