TOTO une histoire sans hero

 


Source: Guitar Part N°55 Octobre 1998

C'est curieux, tout de même, ces groupes qui au bout de vingt ans d'existence, semblent n'obéir qu'à leurs propres règles, comme si l'environnement n'avait pas de prise sur eux.

Formé en 1978 autour du noyau Jeff Porcaro/David Paich/David Hungate sur lequel se sont greffés Steve Porcaro, Steve Lukather et Bobby Kimball, Toto célèbre cette année ses vingt ans d'existence. Vingt ans et des tubes qui ont fait le tour de la planète : Hold The Line, signé David Paich, vendu à près d'un million d'exemplaires ; Rosanna, composé par Lukather à l'intention de son ancienne copine, l'actrice Rosanna Arquette ; ou encore l'entêtant Africa. Rien que des mega-tubes, enregistrés par de purs zicos, à une époque où les purs zicos étaient encore respectés... et enviés.

Avec cet album-souvenir intitulé « Legend », Toto retrace donc une carrière prolifique qui aura connu son apogée au début des années quatre­vingts, à la sortie de « Toto IV ». Cependant, le groupe n'a pas attendu son quatrième opus pour devenir une des valeurs sûres du rock améri­cain. En réalité, dès la paru­tion du premier album épo­nyme en 1978, Paich et consorts s'assurent une solide réputation en tant que musi­ciens, d'autant plus que ces familiers des studios, session men notoires de la Côte Ouest, ont préféré pour la prod' se débrouiller par eux­mêmes plutôt que de faire appel à un intervenant exté­rieur. Résultat : le single Hold The Line, comme l'al­bum, se classe dans le top 10. Le suivant, davantage ancré dans le hard rock se révèle nettement plus ambitieux, puisqu'il paraît en 1979 sous la forme d'un concept album titré « Hydra ». Au pro­gramme, prouesses tech­niques et envolées lyriques sur fond d'héroic fantasy. Pourtant, manifestement, Toto a bien du mal à répondre aux attentes d'un public qui a littéralement dévoré le pre­mier album. Ainsi, ni Hydra » ni « Turn Back » (1981) ne parviendront a rééditer les scores réalisés précédemment. Une période que Steve Lukather explique par l'inexpérience relative du groupe en matière de succès. C'est vrai après tout : quelle que soit la notoriété des musiciens auprès de leurs homologues ou de leurs col­laborateurs (Boz Scaggs, Steely Dan, Aretha Franklin, Earth Wind And Fire), l'en­gouement du public constitue un phénomène tout à fait incontrôlable. Aux Etats-Unis ou au Japon, par exemple, Toto est un des groupes les plus en vue du moment, alors qu'en Angleterre, l'affection du public est très variable selon les albums.

Il en est un, pourtant, qui va tous les réunir : « Toto IV », paru en 1982. Toto fait là un véritable carton, car tout y est démontré : la virtuosité et la polyvalence des musiciens, la qualité des arrangements, celle de la production, ainsi que l'unité du groupe, D'ailleurs, le succès des singles, de Rosanna à Africa, en passant par I Won't You Hold Back, le confirme. L'année suivante, Toto ploie sous les récompenses aux Grammy Awards : meilleur album, meilleure performance vocale, meilleur ingénieur du son, meilleur producteur, meilleur arrangement. Dans la foulée, le groupe s'investit dans des projets qui feront grand bruit, dont We Are The World (« US For Africa ») et la bande originale de Dune. En revanche, la seconde moi­tié de la décennie sera nettement moins fructueuse. En 1984, « Isolation » marque le départ du bassiste David Hungate, remplacé par Mike Porcaro, celui également du chanteur Bobby Kimball, auquel succède dans un premier temps Fergie Frederiksen. Malgré le succès relatif du single Stranger In Town, l'al­bum ne retrouve pas l'enthousiasme qu'avait suscité « Toto IV ». Deux ans plus tard, malgré des collaborations prestigieuses (Miles Davis, Michael McDonald, Don Henley) et l'arrivée de Joseph Williams au chant, l'album titré Farenheit » ne parvient à s'extirper des pro­fondeurs des charts.

En 1988, « The Seventh One » semble marquer un regain d'inspiration dans le parcours de Toto, tant au niveau du chant que des compositions telles Pamela, titre d'ouverture de l'album. On est alors à la veille des années quatre-vingt-dix... La période idéale pour mettre le groupe en veilleuse et continuer à collaborer tous azimuths. Malgré tout, en 1990, après une longue période de silence, Toto se réunit à nouveau autour d'un nouveau chanteur Jean Michel Byron pour enre­gistrer quelques inédits qui figureront sur « Past To Present : 1977-1990 ».

En 1992, Toto s'apprête à faire son retour sur scène avec un nouvel album, intitulé « Kingdom Of Desire » ; un album qui marque à la fois le départ de Steve Porcaro, qui sera remplacé par Simon Phillips et la disparition du glaive, symbole cher au groupe. A la veille de sa sortie, un drame frappe Toto et, plus généralement le milieu de la musique : Jeff Porcaro décède. Officiellement, il est question d'une allergie à un pesticide, mais une version officieuse évoque l'abus de cocaïne. Plus crédible, d'autant plus que la pochette de l'album est franchement noire et torturée... Une disparition autour de laquelle se retrouveront les plus grandes pointures du showbiz, lors du concert de commémoration : George Harrison, Donald Fagen, Don Henley, Van Halen, Boz Scaggs, Michael McDonald, etc. Après moultes tergiversations, Toto choisit de poursuivre son chemin : un double live titré « Absolutely Live », puis « Tambu » qui rappelle le meilleur de Toto, tout en conservant un son très live. Visiblement, les efforts de Simon Phillips ont permis au groupe d'assurer l'après-Jeff avec une certaine confiance...

Présenté comme « L'Ultime Best Of », Legend a quasiment des airs d'épitaphe. Pourtant, cette parution en cache une autre, puisque Toto planche sur un nouvel album qui devrait se démar­quer sensiblement de « Tambu ». Au menu, artillerie lourde, com­positions épiques et synthés dégoulinants, dans la plus pure tradi­tion du groupe. Attention, toutefois, Toto ne cédera pas à la tentation de l'électro­nique. Alors shred ou pas shred ?

Benjamin Cutaway



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