TOTO 20 ans que ça duere

 


Source: Guitar & Bass n°52 Juin 1998
Par Didier Aubert

IL EST UN GROUPE CALIFORNIEN QUI TRAVERSE LES DECENNIES SANS PRENDRE UNE RIDE, ENCHAέNE ENCORE LES TUBES COMME AU PREMIER JOUR SANS MÊME SE SOUCIER DES MODES ET DES COU­RANTS. IL Y A VINGT ANS, TOTO NAISSAIT ET N'IMAGINAIT PAS FAIRE UNE SI LONGUE CARRIÈRE RÉCOMPENSÉE PAR LA VENTE DE 25 MILLIONS D'ALBUMS. POUR FÊTER L'ÉVÉNEMENT, STEVE LUKATHER NOUS PRÉSENTE UN ALBUM COMPOSITE OÙ L'ON TROUVE PÊLE-MÊLE DES INÉDITS, DES RARETÉS "LIVE" OU DES DÉMOS DE JEUNESSE

"Toto XX" célèbre les vingt ans du groupe. Vous faites partie de ces gens très à cheval sur les anniversaires, les commémorations dans votre vie professionnelle ou privée ? Je suis quelqu'un de très nostalgique par essence. Maintenant, nous n'avions jamais envisagé sortir ce type d'album, pour preuve nous sommes en train de composer plein de nouveaux titres pour le prochain Toto que nous enregistrerons cet été. C'est notre manager qui nous a entraînés là-dedans. "Les gars, nous a t­il dit, ça fait vingt ans que vous tournez maintenant, c'est votre anniversaire et on a rien à proposer aux fans ! " Nous sommes donc partis sur l'idée de commé­morer l'événement. Il nous a rappelé qu'en vingt ans, nous avions amassé plus de titres que nous n'en n'avons jamais publié jusque-là, et qui dorment dans des placards ! Certains figurent d'ailleurs parmi ses morceaux préférés du groupe.
Avec David Paich, nous avons rouvert les archives et des tas de souvenirs nous sont remontés au fur et à mesure que l'on réécoutait ces vieilleries. Des choses dont on avait même plus souvenir. Certaines de ces bandes n'étaient plus de la pre­mière fraîcheur, il a fallu les retravailler un peu, les transférer en digital. D'autres étaient quasiment parfaites, l'enregistre­ment était de très bonne qualité et les mixes remarquables. Le premier titre que nous avons ressuscité fut Going Home qui nous paraissait de grande qualité, il a servi d'étalon, en quelque sorte, et nous nous sommes attachés à trouver des titres à peu près du même niveau. Nous sommes même remontés jusqu'à nos pre­mières démos alors que le groupe n'avait pas encore de contrat. Miss Sun et Love is a Mans World sont les premiers enre­gistrements du groupe, c'est d'ailleurs la première fois que je jouais avec eux ! Ce tri parmi les bandes fut un travail pas­sionnant, c'était un peu comme rouvrir un livre de photographies et découvrir des clichés dont on ne se souvenait même plus ! C'était émouvant aussi de réécouter Jeff Porcaro jouer.

Vous dites avoir retravaillé certains titres, êtes-vous allés jusqu'à refaire quelques prises en studio ?
La qualité était variable entre les diffé­rents enregistrements, certains morceaux ne réclamaient pas de travail particulier, d'autres demandaient à être remaniés. Sur Tale of a Man par exemple, il n'y avait pas de solo de guitare à l'origine, je l'ai rajouté juste avant de remixer le titre ! On l'avait enregistré en 1979 et j'ai joué le solo en 1997 ! Pareil pour les chœurs que nous avons enregistrés récemment. Nous avons fait à peu près le même genre de boulot sur Last Night.

Vous avez essayé d'adapter votre jeu pour ne pas dénaturer ces vieux enre­gistrements ?
Pour Tale of a Man, je me souvenais assez bien de l'ambiance du morceau et de la manière dont nous l'avions enregis­tré. J'ai juste utilisé une Les Paul et de vieux effets pour retrouver le son de l'époque et j'étais tellement en phase avec ce morceau qu'il ne m'a fallu qu'une prise pour mettre le solo en boîte ! Merci les gars, autre chose ?

Pourquoi ne pas avoir enregistré de solo à l'époque ?
En fait on ne pensait pas garder ce mor­ceau pour le disque, à tel point que nous ne l'avions même pas terminé. On l'avait enregistré live au studio avec la voix lead et j'avais assuré la partie rythmique uni­quement. On pensait y revenir un jour ou l'autre. Finalement ça nous aura prisvingt ans pour le terminer !

A l'écoute, ce morceau avait pourtant I niveau pour figurer sur "Hydra" Qu'est-ce qui motivait votre choix pou composer vos albums ?
Le problème c'est qu'avec les disque vinyles nous étions assez limités e temps. Deux faces ne suffisaient pas pou caser tout ce que nous enregistrions pour un album. Il fallait faire des choix. Si un titre n'était pas complétement termine s'il nous semblait encore en gestatioi alors on le remisait au placard. De mêm pour ceux qui tranchaient trop avec la couleur de l'ensemble. Ceci explique pourquoi la cave est remplie de bande. On a parfois des surprises sur ce genre de morceaux que l'on avait abandonnés, on les trouve souvent bien plus intéressant que le souvenir qu'on en avait.

Etes-vous fier de tous les titres qui figurent sur cet album ?
C'est sûr, il y a certains titres qui paraissent un peu vieillots et pour tout dir dépassés, mais c'est ce que nous voulions. On voulait donner une image du groupe à travers les âges et forcément nous avons évolué entre temps. La réaction des gens est assez surprenante, beaucoup nous disent leur joie de découvrir finalement de nouveaux titres ...qui sonnent comme le Toto de l'époque !

Vous vous moquez éperdument de tendances actuelles, vous n'écoutez jamais la radio ?
Si, si, je me tiens au courant et je suis for cément influencé par ce que j'écoute. II ) a quand même une chose qui me gên( dans la musique actuelle, ce sont les machines. Je n'aime pas trop les machines, je dirais même qu'elles me fatiguent. Imagine qu'un seul et même batteur de séance jouerait sur tous les titres qui passent à la radio. Il n'y aurait qu'un seul et même style de rythme et ça finirait par lasser. C'est ce qu'il se passe avec les machines. Pourtant, elles étaient censées transformer la musique et aider le musicien dans son travail, va com­prendre comment on en est arrivé là ! Le fait est qu'aujourd'hui on en a plein le dos des machines.
Ça te fait rêver toi ça ? (il chante un rythme techno lourdingue). Il y a un million de disques aujour­d'hui sur le même format. Tu rentres dans une boîte, qu'est-ce que tu entends ? (rebelo­te).

Il y a pourtant quelques musi­ciens de votre génération qui flirtent avec le genre. Clapton, pour n'en citer qu'un !
Oui, j'ai écouté cet album. Bon, lui c'est une légende, attention. Un génie que je vénère. N'attends pas de ma part un commentaire dévastateur même si je n'ai aucune sympathie pour ce genre de musique, j'ai trop de respect pour ce qu'il représente. De tout façon on ne peut pas dire qu'il y ait énormément de guitare sur cet album. Clapton expérimente, voilà tout. II n'y en a cependant pas deux pour jouer le blues comme lui, et c'est un chanteur remarquable. Jeff Beck était chez moi l'été dernier, j'ai produit quelques titres pour son prochain album. Nous avons utilisé quelques machines bien evidemment, mais toujours au ser­vice de la musique, pour trouver de nou­velles sonorités et lui donner un aspect plus étrange.

Revenons à "TotoXX" pour l'instant. Peu de gens se souvenaient que Toto avait eu sa période disco (Miss Sun, Love is a Man's World) !
Nous avons enregistré ces morceaux en 1977, en plein mouvement disco. Bien entendu, ces titres sont à prendre au second degré, on se pissait dessus à les jouer, c'était une farce énorme et c'est encore plus hilarant d'écouter ça aujour­d'hui. On a toujours pris notre musique très au sérieux dans les media alors que nous sommes une bande de joyeux déconneurs et que nous avons enregistré bien plus de choses sur le mode sarcas­tique qu'on ne le croit !

En réécoutant vos anciennes parties de guitare, vous rejoueriez la même chose aujourd'hui ?
Parfois ça me fait assez marrer, particu­lièrement Love is a Mans World, puis­qu'on en parle. Le son de rythmique est tout fluet. J'avais branché ma guitare dans un Ampeg VT 22 que j'ai toujours d'ailleurs, rajouté une Leslie par dessus qui sonne plutôt comme un flanger. Le son est très étrange et je me dis en le réécoutant que c'est un son de guitare à la con, mais j'ai laissé toutes les parties que j'avais jouées à l'époque en l'état.

Qu'est-ce qui a chan­gé dans les studios depuis ?
En ce qui me concerne je suis beaucoup plus relax qu'avant en studio. Quant au matériel, c'est le jour et la nuit. J'étais tel­lement jeune et inexpérimenté à l'époque que je n'avais envie que d'une chose, c'est que ma partie soit bien enregistrée sur la bande et que je m'en sorte sans encombre. Ce n'est que plus tard, une fois plus expérimenté, que je suis devenu plus pointilleux sur le son et la production.

Revenons à cette collaboration avec Jeff Beck... il semblerait qu'un an après l'al­bum soit toujours en gestation !
Je ne sais pas où il en est, Jeff change d'avis comme de chemise. Depuis l'été dernier il a changé trois fois de musi­ciens ! Il doit tourner dans les mois qui viennent, pas une grosse tournée, juste quelques concerts à droite à gauche pour se roder. D'après ce qu'il m'a dit, il devrait garder 5 ou 6 titres que nous avons réalisés ensemble et voudrait tra­vailler de nouveau avec moi. Malheur­eusement, je suis bien incapable de me libérer en ce moment. Pour te dire s'il a l'air pressé de sortir cet album, les mor­ceaux que nous avons enregistrés l'an passé ne sont même pas encore mixés ! Je ne sais pas du tout où il veut en venir, il me semble donc difficile de te parler de ce disque. Je peux simplement te dire qu'il y avait pour ces prises Manu Katché à la batterie, Pino Palladino à la basse et Tony Hymas aux claviers. Ce que nous avons enregistré était dans le style vieux blues pur et dur, une merveille ! Tout c'est très bien passé, même si aujourd'hui il semblerait qu'il trouve que ça sonne un peu trop vieillot à son goût. Je peux te dire qu'il y a pourtant sur la bande des moments d'une intensité rare. L'ambiance était assez sympa. Je possède des kilomètres d'enregistrements que sans doute personne n'entendra jamais ! Nous avons aussi réuni une autre forma­tion avec Abe Laboriel Junior à la batte­rie, Pino Palladino toujours à la basse et les percussionnistes Lenny Castro et Louis Conte. La musique était cette fois beaucoup plus fusion. Je crois qu'aujour­d'hui Jeff joue de nouveau avec Terry Bozzio. Ça fait un bail que je ne lui ai pas parlé en fait, ce sont les seuls informa­tions dont je dispose.

II a l'air plutôt perfectionniste votre ami!
Ce n'est rien de le dire. Je crois surtout qu'il ne sait pas trop ce qu'il veut. Il va adorer un truc sur le moment qu'il détes­tera ensuite. Maintenant, travailler avec lui a été une grande expérience.

Vous avez évoqué tout à l'heure le pro­chain album de Toto.
Nous venons juste d'en commencer l'écriture. L'enregistrement aura lieu cet été, l'album devrait sortir en janvier et être suivi d'une tournée dans la foulée. Je pense que nous allons revenir à la gros­se production. "Tambu" était un peu mou, très acoustique dans l'esprit. Cette fois, il n'y aura pas de demi-mesure, on envoie tout à fond : grosses harmonies, grosses guitares, gros claviers, des solos énormes, des morceaux plus longs, un peu plus expérimentaux sans doute sans oublier de placer un tube au passage. Les musiciens cherchent à faire dans le mini­malisme en enregistrant à la maison ? On va prendre le contrepied et présenter un projet audacieux. Depuis combien de temps n'a-t-on pas entendu de morceau à la radio qui possède plus de cinq mesures d'harmonie, hein ?

Les Stones que l'on peut déjà voir sur scène aux Etats-Unis, ça a encore un sens pour vous ?
Absolument, je suis toujours un grand fan des Stones et ils sonnent toujours aussi bien. Qu'est-ce qu'ils devraient faire, s'arrêter de jouer parce qu'ils sont un peu âgés ? Est-ce qu'on va demander aux journalistes d'arrêter d'écrire parce qu'ils ont passé la cinquantaine ? Le rai­sonnement est simple, tu as cinquante ans, tu as passé ta vie à jouer dans les clubs ou dans les stades, tu n'as pas envie d'arrêter comme ça du jour au lendemain parce que tu as plus de cinquante piges. D'autant plus si tu sonnes comme au pre­mier jour. Je les ai vus l'an passé, ils sont toujours incroyables sur scène. Bon d'ac­cord, ils ne sont plus aussi jeunes qu'avant et ça se voit, mais Dieu les pro­tège ! Je leur souhaite de pouvoir encore jouer vingt ans de plus ! Jeff Beck a aujourd'hui cinquante-trois ans, va-t-on lui demander d'arrêter ? II joue encore plutôt bien non ?

Vous prenez plaisir vous aussi à jouer dans des stades ou des salles immenses ?
Bien sûr, mais il ne faut pas faire que ça. J'aime aussi le contact rapproché avec le public dans les petits clubs. Même si les shows sont très préparés pour les tour­nées, nous nous laissons une large place pour l'improvisation. Certains morceaux s'étirent en longueur soir après soir, et il est rare qu'on joue deux fois le même concert, la set list et les titres peuvent évoluer....hum, concernant les concerts en général, tu serais surpris par le nombre d'artistes qui utilisent des bandes sur scène. Je ne vais pas te donner de noms, je l'ai déjà fait une fois et je me suis mis à dos une bonne partie de la profession, comme s'il y avait des sujets qu'on ne pouvait pas aborder. Certains artistes vont chanter sur quelques titres et envoyer une voix play back sur d'autres plus difficiles à exécuter live. Mais il y a encore mieux. Avec la tech­nologie d'aujourd'hui on peut même substituer à la voix du chanteur une voix play back à l'intérieur du même morceau sans que personne ne voie rien ! Ça avi­ve plus souvent qu'on ne le croit, tu devrais aller faire un tour backstage, tu comprendrais bien des choses. Avec Toto, une fois nous avons utilisé des choeurs en play back. Je te le dis volontiers parce que tout le monde le fait !



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