TOTO, We love Paris

1988


Quelle est votre impression sur cette deuxième année consécutive à Paris au Zénith ?

Steve : Paris est sublime parce que le public est extraordinaire ; « Out Rageous ».

Mike : C'est une histoire d'amour entre le public français et le groupe, ce concert c'est ce que l'on a fait de mieux sans doute depuis dix ans. Les réactions du public sont terribles, on en a même rit.

Joseph semble s'intégrer au groupe, puisqu'il a participé à la composition du dernier album. Avez-vous réellement cette fois trouvé le partenaire que vous cherchiez ?

Steve : Il fait du bon travail avec nous, il s'intègre parfaitement pendant les tournées et il est bien représentatif de l'image de Toto... Mais il faut lui mettre des petites tapes pour qu'il ne s'écarte pas, du droit chemin... (Rires !!!)

La grande surprise pour tous ceux qui vous suivent depuis le début, c'est de voir sur votre dernier disque que Steve Porcaro n'est plus qu'un « guest »... Pourquoi ?

Mike : Steve a quitté le groupe, et nous ne sommes plus que cinq. Il reste à Los Angeles pour produire sa musique et celle d'autres artistes. Il va y faire sa carrière. Il ne veut plus prendre ses responsabilités vis à vis de la vie du groupe. Techniquement, il n'est plus avec Toto.

Steve, tu signes plusieurs morceaux avec Randy Goodrum et non des moindres. Qui est-il ?

Steve : Randy est un parolier bien connu aux USA. Je l'ai rencontré car moi aussi j'ai écris des chansons pour pas mal de gens. Je le connais depuis trois ans et nous nous entendons très bien pour la composition. Nous présentons plusieurs de mes morceaux au groupe et les meilleurs sont choisis. Nous n'avons pas cherché après Randy, ça s'est trouvé comme ça...

Pensez-vous que dans le groupe Toto un de vous préserve votre image ?

Steve : Non. Nous avons plus de succès en France, en Europe et au Japon. Aux USA c'est continuellement Up and Down !

Mike : Oui, Steve a raison, ce qui est amusant c'est que des artistes européens cartonnent aux States et ne marchent pas dans leur pays et vice-versa. Notre musique est sophistiquée et le public européen l'est aussi.

Steve : Ouaip, en Europe il n'y a pas ce phénomène typiquement américain de un jour t'es super, le lendemain t'es nul ! On trouve ici beaucoup plus de loyauté. Mais on pense que cette fois notre septième album va marcher très fort aux States.

Pour ceux qui lisent les pochettes de disques, on vous retrouve à tour de rôle dans de grandes productions américaines à l'échelle mondiale (M. Jackson, Joe Cocker, Christopher Cross etc...). Pensez-vous que cela vous aide ?

Mike : Nous n'ayons plus le temps de nous occuper d'autre chose que de Toto.

Steve : Nos enfants vont aller en classe supérieure le temps pour nous de rentrer à la maison ! Je pense que le succès grandissant de Toto n'a rien à voir avec les cessions de studio. Aux USA ça nous nuit ! Les critiques musicaux ne portent pas dans leur coeur les musiciens de studio. Peut-être est-ce une référence ici ? L'année prochaine, nous reviendrons, mais cette fois à Bercy. Je ne pense pas que le fait d'être musicien de studio à quelque chose à voir avec ça.

Ecoutez-vous des groupes français ?

Mike : Non, nous ne les connaissons pas, ils ne sont pas exportés aux USA, mais nous savons qu'ils existent, qu'il v a de bons groupes ici. Nous n'avons jamais encore travaillé avec l'un d'entre eux.

Jeff : Moi à chaque passage à Paris, je retrouve avec plaisir mon ami Kamil Rustam qui est vraiment un type chouette... et un très bon guitariste.

Steve : J'ai fait une session pour un artiste français il y a quelques temps, le groupe était venu faire un disque aux USA, c'était bien, ils avaient une acoustique spéciale. Là, sur le vif, je crois que c'était Alain Chamfort.

Aimeriez-vous faire un clip avec J.B.Mondino ?

Mike : Oui, il est géant ! Absolument géant ! Chaque fois nous faisons une vidéo avec des personnes différentes. Cette fois, c'est un directeur anglais « Nigel Deek » qui a tourné un clip pour « Pamela » et « Stop loving you ».

Donc peut-être un jour une vidéo de Toto avec J.B. Mondino ?

Mike : Oui, bien sûr, c'est tout à fait possible. Ce serait grand.

Pourquoi le symbole de l'épée depuis dix ans ?

Steve : L'origine est une phrase extraite d'une chanson du premier album « Manuella Run » qui disait quelque chose comme : « Attention, une épée est suspendue sur vos têtes ». On cherchait un logo pour le groupe et les disques sur lesquels elle figure ont été les plus populaires de sorte que maintenant nous ne l'oublirons jamais. Elle identifie complètement Toto.

Steve, tu fais partie des guitaristes qui ont vraiment une personnalité. Quelle est ta conception de la musique ?

Steve : Je suis inspiré dans mon jeu par Je morceau qui en quelque sorte me « dicte » comment jouer, peu importe qui a écrit la musique ou les paroles ; et on sent si on joue juste, si on « sonne » juste et on imprime à l'ensemble sa propre personnalité.

Mike, depuis deux ans, tu as rejoint les frères sur les deux derniers albums, la basse deveint plus percutante, plus « Slap ». Du nouveau chez Toto. Est-ce ton style ?

Mike : C'est mon style car c'est mon expression. Je pense que la mélodie repose sur elle comme dans « Moshanga » avec e solo de basse au milieu, ou comme dans « Straight for the heart ». Je pense que les compositions des deux derniers disques se sont présentés pour moi de tel façon que la basse a été plus dominante qu'avant.

Qu'est-ce que tu faisais avant Toto ?

Mike : J'ai fait des sessions et des tournées avec « Boz Sgaggs ». D'autres tourées, des T.V., des films, aussi des jingles de pub, bien sûr.

C'était plus un boulot ou un plaisir ?

Steve : J'ai aimé faire cela, ce n'était pas eulement pour l'argent, c'est aussi pour le plaisir... Il y a des fois comme ça...

Et jouer avec Toto, c'est un job ?

Mike : Nous n'échappons pas au côté travail, mais dans ce cas les contraines sont : l'attente dans les aéroports, la fatigue, le manque de sa famille que l'on ne voit pas pendant les mois de tournées. C'est le quotidien qui est éprouvant. Quatre soirées d'affilées, maintenant Paris deux fois et ensuite nous partons en province pour 8 concerts sans jour de relâche. Nous vivons tout cela sans parler de voyages pour le plaisir de jouer deux heures de concert chaque soir.

Quel est votre meilleur souvenir lie travail avec des artistes américains ?

Steve : Avec Mc Cartney, c'était vraiment super d'être sur scène pour faire une "Jam" avec lui. Jouer avec Jeff Beck au Japon le temps d'un show était un grand moment. Il y eu tant de bons moments avec de nomreux grands artistes, il est difficile de dire lequel m'a le plus marqué.

Mike : Lorsque que j'étais môme, le premier album d'Aretha Franklin avec « Respect » et d'autres grands succès m'ont assis et je pensais « Aie ! Dad ! » Il faut que je m'achè« une guitare basse. Et une quinzaine d'années plus tard, je finis par jouer sur un disque avec elle. C'est l'extase, la boucle est bouclée.

Jeff as-tu le sentiment d'avoir inspiré des batteurs depuis au moins dix ans avec ta façon de frapper ta caisse claire?

Jeff : Ça dépend... Je ne pense pas pour des batteurs de ma génération. Mais il est possible que, à travers le monde, de jeunes musiciens qui seront peut-être les stars de demain, s'inspirent de ma façon de jouer. Mais je pense que ce style de jeu et cette sonorité correspondent à l'esprit de la musique actuelle, qui aurait de toute façon engendrés une génération de batteurs semblables. Ceci dit, chaque instrumentiste à sa personnalité propre, il est difficile de faire des comparaisons.

En parlant de batteur, quelle bonne surprise l'apparition de Manu Katche à a fin du deuxième concert au Zénith...

Jeff : Ouaip, c'était vraiment pas prévu, Manu avant d'être un ami est un grand batteur. C'était très sympa.

Aimeriez-vous faire une Jam avec Prince ?

Mike : Oui, j'aimerais jouer avec Prince, il a du talent. Sa musique n'est pas le genre que nous écoutons, je ne dis pas qu'elle est mauvaise, c'est juste son truc. son look, ses vêtements...

Steve : J'ai travaillé avec lui pour un disque avant qu'il devienne le Prince que l'on connait aujourd'hui. Il était beaucoup plus tranquille alors, moins flamboyant.

Etait-ce un disque sur lequel figurait un cheval ?

Steve : Non, c'était encore avant, en 1978. Il n'était pas encore avec les Révolutions. C'était avant de « cartonner ».

Que pensez-vous de Prince en tant que musicien ?

Steve : Il peut se comparer à James Brown, Jimmy Hendrix et pour son look à Little Richard. J'aime certaines de ses productions. Je pense qu'il fait du bon boulot.

Quel est ce nouveau morceau que vous avez joué au deuxième rappel du dernier concert ?

Mike : C'est « The seventh one », la face B du 45 tours « Stop loving you ». Au départ, c'était juste une petite « Jam » que nous avons fait pour nous amuser en studio. D'autre part, nous avons décidé de garder le maximum de titres sur l'album et de ne pas mettre un morceau potentiel en face B. Cette « Jam session » est super ; nous lui avons consacré la face B. Normalement, nous ne jouons pas « The seventh one » sur scène mais l'ambiance était si folle ce soir-là au Zénith, qu'il était indispensable de jouer quelque chose en plus pour ce public si enthousiasme.

Right men : thanks et rendez-vous l'année prochaine à Bercy. Propos recueillis par Raymond et Valère (Music Performance).



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