TOTO, 1978 - 1988 ,et si c'était une coincidence ?

1988


Dix ans que TOTO occupe les premières places de la scène internationale, sans avoir vraiment réussi à s'imposer auprès du grand public. Mais de coups de gueule en coups durs, cette grosse pointure du rock américain, trop complexe pour être afiliée à un unique mouvement, continue à sillonner les routes du monde entier, en prenant une bonne résolution, celle de ne jamais rester deux ans sans album ni tournée. Entretien avec Steve Lukather.

Par Patrick MEYER

Le premier album s'appelait Toto, le quatrième, IV, et le septième, The Seventh One. Doit-on comprendre que le dixième s'appellera N°10 ?

Steve Lukather: Aucun rapport. Nous cherchions un titre et celui-ci convenait à tout le monde. Nous ne sommes pas du genre à nous poser mille questions en ce qui concerne le titre de nos albums et les illustrations de nos pochettes. La musique suffit à elle-même.

Justement, sur votre premier album, on voit une épée, sur le quatrième, quatre épées et sur le septième, sept épées. C'est le concept TOTO ?

C'est une coïncidence. Enfin, rien n'est programmé, ni planifié, ni quoi que ce soit. Nous avons voulu mettre sept épées sur The Seventh One parce que l'on en avait envie ; l'idée nous plaisait bien, mais ce n'était pas du tout un impératif. Et pour IV, on devait avoir envie d'en mettre quatre ! On ne change pas beaucoup en six ans, voilà ce que cela veut dire !

OK,iI n'y a pas de concept TOTO. Cependant, de nombreux morceaux portent un nom en A comme Angela, Africa, Holyanna, Lea, Anna, Mushanga, etc... Ca aussi, c'est une coïncidence ?

Tu sais, on aime bien les chansons d'amour. Alors ce sont plus ou moins des hommages à des personnes que nous avons connues et que nous avons aimées.

Et comme par hasard, vous n'avez rencontré que des jeunes filles dont le nom se terminait en A ?

Non, bien sûr ; certaines d'en tre elles portent réellement le nom du morceau comme Pamela sur le dernier album, d'autres ont vu leur nom chan

ger car il n'était pas assez harmonieux pour une chanson et d'autres sont simplement issues de notre imagination. Nous sommes tous de grands rêveurs.

Cette année marque le dixième anniversaire du groupe or je n'ai pas l'impression que cela vous rende particulièrement joyeux. Pas de soirée exceptionnelle en prévision ?

Nous n'avons pas forcément besoin de ce genre d'artifices pour réaliser à quel point noussommes heureux et fiers d'avoir déjà dix ans de carrière derrière nous. Dix années ensemble, c'est dingue.

Pourquoi, vous ne pensiez pas faire un si brillant parcours à l'époque de votre premier album ?

Non, évidemment. Jamais nous n'aurions pu penser en arriver là, je t'assure. Ce qu'on voulait, c'était prendre du bon temps. Et puis, nous nous sommes finalement retrouvés dans une grande aventure qui dure depuis dix ans...

Alors, pour nous faire plaisir, peux-tu résumer rapidement la discographie du groupe en apportant quelques commentaires personnels ?

En fait, il n'y a pas grand chose à dire, chaque album correspond à une étape particulière, c'est un reflet précis d'un contexte particulier. Il faudrait donc que j'arrive à me replacer quelques années en arrière pour t'en parler, et c'est malheureusement impossible. Sauf pour le premier album où l'ambiance était vraiment spéciale. Nous avions décidé de nous réunir en vue de for mer un groupe avec des musi ciens de studio, nous étions très jeunes, sans aucune expérience de la scène et nous avons été complètement surpris par l'accueil réservé à Toto.Les gens attendaient déjà la suite avec impatience en nous demandant de faire encore mieux. Ce fut plutôt difficile à assumer.

Et quels sont ton meilleur et ton pire souvenir au sein de TOTO ?

Mmh... pas évident. Notre meilleur souvenir remonte certainement aux Grammy Awards que nous avons gagnés en 1982 pour l'album IV et le single Africa. Quant à mon pire souvenir, c'est peut-être d'avoir rencontré Bobby Kimbali ! (Rires)

Au fait, tu es toujours en contact avec lui, tu le revois souvent ?

Oui. Bobby et moi sommes évidemment restés amis. On ne se sépare pas aussi facilement de quelqu'un qu'on connaît depuis plusieurs années, c'est trop dur.

Je crois savoir qu'il devait être le chanteur du groupe MGM avec Bernie Marsden (ex WHITESNAKE et ALASKA) et qu'il a finalement dû y renoncer à cause de problèmes de voix...

Ah, je ne savais pas !

Tu viens de dire que vous étiez restés amis !

Oui, mais on ne se voit pratiquement jamais ! Il a quitté le groupé parce qu'il voulait tenter autre chose, nous sommes toujours amis mais nous nous voyons nettement moins, par la force des choses.

Quand Bobby est parti, j'imagine que cela a été un coup dur pour vous ; d'ailleurs Fergie Fredericksen n'aura été présent que sur un album, Isolation. Il ne convenait pas ?

Fergie était quelqu'un de très gentil, malheureusement, il ne savait faire qu'une seule chose, il n'arrivait pas à moduler sa voix. En plus, il n'était pas tellement à l'aise avec nous. Il est vrai que ce n'est pas évident d'intégrer un groupe comme TOTO. Nous savions qu'il fallait trouver un autre chanteur.

Oui, j'imagine que tout n'a pas été rose à l'époque. On a même craint le pire, on pensait que vous alliez splitter. D'autant plus que la tournée prévue en 1985 fut annulée pour des raisons encore inexpliquées.

Nous n'étions pas vraiment au point, c'est tout. Il fallait repren dre plus ou moins à zéro ; psychologiquement, c'était dur.

Heureusement, vous avez trouvé le chanteur idéal en ta personne de Joseph Williams, qui est le fils du célèbre compositeur John Williams à qui l'on doit entre autres les B.O. des Dents de la mer, Indiana Jones, etc...

Joseph est très fort, il est à l'aise dans tous les registres, de la ballade cool aux-rythmes plus funk, en passant par des morceaux plus hard. Je pense qu'il se souviendra toute sa vie de son arrivée parmi nous. C'est Jeffrey (Porcaro) qui nous a présenté une démo et nous avons tous eu le coup de fou dre. Cependant, on ne l'a pas engagé immédiatement, on ne voulait pas refaire la même erreur deux fois de suite. Je dois avouer que pour lui, les tests furent assez éprouvants.

Revenons un instant à votre dernier dernier album. La pochette me rappelle étrangement celle du premier album...

Oui, une drôle de coïncidence !

Alors là, je ne te crois pas ! (Rires)

Je t'assure, rien n'est prémé dité. C'est vrai qu'elle est res semblante mais c'est une affaire de goût. C'est aussi une façon amusante de commémo rer notre dixième anniversaire.

Ah tu vois, c'était prévu !

Non, promis, ça s'est fait comme ça. Ca vient peut-être de l'inconscient...

Au fait, j'ai une question amusante à te poser : TOTO est un nom simple, le titre de vos albums n'est pas tellement plus compliqué et votre musique est paradoxalement très élaborée. Pourquoi une telle contradiction ?

Tu plaisantes. TOTO nous a demandé beaucoup de recherche ! Ce n'est pas évident de trouver un nom aussi ringard ! Au départ, nous avions une très longue liste mais aucun ne faisait l'unanimité. Au moins, TOTO, ça plaît à tout le monde. Peut-être qu'avec un nom un peu moins idiot, on aurait vendu encore plus d'albums ! (Rires)

Cette interview est destinée à un magazine de hard rock, cela ne te surprend pas trop ?

Depuis le départ, nous sommes plus ou moins catalogués comme un groupe de heavy metal. Alors tu sais, on est blindé. C'est vrai, à nos débuts, le son était nettement plus agressifs Maintenant, il a tendance à se radoucir ; TOTO joue beaucoup plus sur les atmosphères. Objectivement, j'adore The Seventh One, je trouve qu'il est la parfaite symbiose de nos albums précédents. Fahrenheit était peutêtre un peu trop calme. Sur le dernier, des morceaux comme Stay Away font un effet de contrebalance par rapport à des chansons comme Anna.

J'ai remarqué que sur chacun de vos albums se trouve une jolie ballade signée Lukather. Sur Fahrenheit, il y avait Lea, sur The Seventh One, il y a Anna. C'est devenu un rituel ou quoi ?

Tu ne vas sûrement pas me croire, mais c'est une coïncidence, un hasard de circonstances ! (Rires). Mon inspiration trouve sa source dans plusieurs styles, il est donc un peu normal qu'on retrouve des slows dans nos albums, ils font partie de moi, à côté de morceaux plus dynamiques.

Depuis le début, vous êtes très populaires aux Etats Unis ; en Europe, les choses ,ne sont pas allées aussi vite. li a fallu attendre l'album IV et le single Africa pour que les gens prennent conscience que vous n'étiez pas un groupe hard de plus. Pensez vous pouvoir écrire un autre morceau aussi populaire ?

Notre nouveau single aux EtatsUnis est Pamela, ce n'est pas le même qu'en Europe. On a choisi un truc plus dynamique pour l'Europe, Only The Children. Je pense que ça collera plus au marché. On veut être le plus accessible possible sans tomber dans le commercial. Je crois que la force de notre quatrième album était d'arriver justement à cette prouesse.

Question inévitable : te considères-tu comme un guitar-hero ?

Honnêtement, non. Les vrais guitar heroes sont ceux qui ont donné naissance à de nouveaux styles de jeux et ouvert de nouveaux horizons. Je ne fais pas partie de ces gens-là. Pour moi, les grands restent Eric Clapton, Steve Stevens, Jeff Beck et plus récemment, Allan Holdsworth un phénomène largement en avance sur son temps.

En tant que musicien de studio, tu as travaillé avec de nombreux artistes. Quelles sont tes meilleures expériences ?

Elles ont toutes contribué à me faire progresser, pour la plupart. Il y a quelques années, j'ai adoré travailler avec Jeff Beck, Paul Mc Cartney et Elton John. Ca reste d'excellents souvenirs.

Et votre expérience cinématographique de Dune ? Vous referez une B.O. un jour?

Non, cela nous a porté préjudice. On n'a eu aucun droit pour modifier telle ou telle séquence ; comme en plus, le film était loin d'être un chef d'oeuvre, cela nous a plus nui qu'autre chose !

Laurie Anderson a réalisé un nouveau film, Home Of The Brave. Et un des morceaux de The Seventh One s'appelle aussi Home Of The Brave ? Une coincidence, je suppose...

Exactement ! (Rires)

Vous êtes satisfaits de l'actuelle tournée, les choses se passent comme vous voulez ?

Merveilleusement bien. Je pense que cette tournée surpasse la précédente. Nous nous connaissons mieux avec Joseph et tout tourne de manière impeccable. Le show est très rock, avec un superbe break de Jeff à la batterie. Nous sommes vraiment ravis de jouer live, nous sommes avant tout un groupe de scène, c'est notre première motivation.

Et pourquoi n'avoir jamais enregistré d'album live, alors ?

Rassure-toi, c'est prévu pour la fin de l'année !

Qui s'occupe le plus du côté business dans le groupe ?

David (Paich), Jeff (Porcaro) et moi-même sommes les plus impliqués puique nous sommes là depuis le premier album.

En parlant de Porcaro, où est passé le troisième frérot, Steve, il n'est pas sur la photo de la pochette ?

Oui, mais il fait quand même la tournée avec nous, ça ne change rien.

Ah ! Il fait toujours partie du groupe ?

Non, il a quitté le groupe, mais il fait quand même la tournée avec nous. Steve est vraiment très bizarre...

Ah d'accord.. Il n'est plus dans le groupe mais il est quand même dans le groupe ! Sûrement une coïncidence de plus ... !



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