| Dix ans que TOTO
occupe les premières places de la scène
internationale, sans avoir vraiment réussi à s'imposer
auprès du grand public. Mais de coups de gueule
en coups durs, cette grosse pointure du rock
américain, trop complexe pour être afiliée à
un unique mouvement, continue à sillonner les
routes du monde entier, en prenant une bonne
résolution, celle de ne jamais rester deux ans
sans album ni tournée. Entretien avec Steve
Lukather. Par
Patrick MEYER
Le premier
album s'appelait Toto, le quatrième, IV, et le
septième, The Seventh One. Doit-on comprendre
que le dixième s'appellera N°10 ?
Steve Lukather:
Aucun rapport. Nous cherchions un titre et celui-ci
convenait à tout le monde. Nous ne sommes pas du
genre à nous poser mille questions en ce qui
concerne le titre de nos albums et les
illustrations de nos pochettes. La musique suffit
à elle-même.
Justement, sur
votre premier album, on voit une épée, sur le
quatrième, quatre épées et sur le septième,
sept épées. C'est le concept TOTO ?
C'est une
coïncidence. Enfin, rien n'est programmé, ni
planifié, ni quoi que ce soit. Nous avons voulu
mettre sept épées sur The Seventh One parce que
l'on en avait envie ; l'idée nous plaisait bien,
mais ce n'était pas du tout un impératif. Et
pour IV, on devait avoir envie d'en mettre quatre
! On ne change pas beaucoup en six ans, voilà ce
que cela veut dire !
OK,iI n'y a pas
de concept TOTO. Cependant, de nombreux morceaux
portent un nom en A comme Angela, Africa,
Holyanna, Lea, Anna, Mushanga, etc... Ca aussi, c'est
une coïncidence ?
Tu sais, on aime
bien les chansons d'amour. Alors ce sont plus ou
moins des hommages à des personnes que nous
avons connues et que nous avons aimées.
Et comme par
hasard, vous n'avez rencontré que des jeunes
filles dont le nom se terminait en A ?
Non, bien sûr ;
certaines d'en tre elles portent réellement le
nom du morceau comme Pamela sur le dernier album,
d'autres ont vu leur nom chan
ger car il n'était
pas assez harmonieux pour une chanson et d'autres
sont simplement issues de notre imagination. Nous
sommes tous de grands rêveurs.
Cette année
marque le dixième anniversaire du groupe or je n'ai
pas l'impression que cela vous rende
particulièrement joyeux. Pas de soirée
exceptionnelle en prévision ?
Nous n'avons pas
forcément besoin de ce genre d'artifices pour
réaliser à quel point noussommes heureux et
fiers d'avoir déjà dix ans de carrière
derrière nous. Dix années ensemble, c'est
dingue.
Pourquoi, vous
ne pensiez pas faire un si brillant parcours à l'époque
de votre premier album ?
Non, évidemment.
Jamais nous n'aurions pu penser en arriver là,
je t'assure. Ce qu'on voulait, c'était prendre
du bon temps. Et puis, nous nous sommes
finalement retrouvés dans une grande aventure
qui dure depuis dix ans...
Alors, pour
nous faire plaisir, peux-tu résumer rapidement
la discographie du groupe en apportant quelques
commentaires personnels ?
En fait, il n'y a
pas grand chose à dire, chaque album correspond
à une étape particulière, c'est un reflet
précis d'un contexte particulier. Il faudrait
donc que j'arrive à me replacer quelques années
en arrière pour t'en parler, et c'est
malheureusement impossible. Sauf pour le premier
album où l'ambiance était vraiment spéciale.
Nous avions décidé de nous réunir en vue de
for mer un groupe avec des musi ciens de studio,
nous étions très jeunes, sans aucune
expérience de la scène et nous avons été
complètement surpris par l'accueil réservé à
Toto.Les gens attendaient déjà la suite avec
impatience en nous demandant de faire encore
mieux. Ce fut plutôt difficile à assumer.
Et quels sont
ton meilleur et ton pire souvenir au sein de TOTO
?
Mmh... pas
évident. Notre meilleur souvenir remonte
certainement aux Grammy Awards que nous avons
gagnés en 1982 pour l'album IV et le single
Africa. Quant à mon pire souvenir, c'est peut-être
d'avoir rencontré Bobby Kimbali ! (Rires)
Au fait, tu es
toujours en contact avec lui, tu le revois
souvent ?
Oui. Bobby et moi
sommes évidemment restés amis. On ne se sépare
pas aussi facilement de quelqu'un qu'on connaît
depuis plusieurs années, c'est trop dur.
Je crois savoir
qu'il devait être le chanteur du groupe MGM avec
Bernie Marsden (ex WHITESNAKE et ALASKA) et qu'il
a finalement dû y renoncer à cause de
problèmes de voix...
Ah, je ne savais
pas !
Tu viens de
dire que vous étiez restés amis !
Oui, mais on ne se
voit pratiquement jamais ! Il a quitté le
groupé parce qu'il voulait tenter autre chose,
nous sommes toujours amis mais nous nous voyons
nettement moins, par la force des choses.
Quand Bobby est
parti, j'imagine que cela a été un coup dur
pour vous ; d'ailleurs Fergie Fredericksen n'aura
été présent que sur un album, Isolation. Il ne
convenait pas ?
Fergie était
quelqu'un de très gentil, malheureusement, il ne
savait faire qu'une seule chose, il n'arrivait
pas à moduler sa voix. En plus, il n'était pas
tellement à l'aise avec nous. Il est vrai que ce
n'est pas évident d'intégrer un groupe comme
TOTO. Nous savions qu'il fallait trouver un autre
chanteur.
Oui, j'imagine
que tout n'a pas été rose à l'époque. On a
même craint le pire, on pensait que vous alliez
splitter. D'autant plus que la tournée prévue
en 1985 fut annulée pour des raisons encore
inexpliquées.
Nous n'étions pas
vraiment au point, c'est tout. Il fallait repren
dre plus ou moins à zéro ; psychologiquement, c'était
dur.
Heureusement,
vous avez trouvé le chanteur idéal en ta
personne de Joseph Williams, qui est le fils du
célèbre compositeur John Williams à qui l'on
doit entre autres les B.O. des Dents de la mer,
Indiana Jones, etc...
Joseph est très
fort, il est à l'aise dans tous les registres,
de la ballade cool aux-rythmes plus funk, en
passant par des morceaux plus hard. Je pense qu'il
se souviendra toute sa vie de son arrivée parmi
nous. C'est Jeffrey (Porcaro) qui nous a
présenté une démo et nous avons tous eu le
coup de fou dre. Cependant, on ne l'a pas engagé
immédiatement, on ne voulait pas refaire la
même erreur deux fois de suite. Je dois avouer
que pour lui, les tests furent assez éprouvants.
Revenons un
instant à votre dernier dernier album. La
pochette me rappelle étrangement celle du
premier album...
Oui, une drôle de
coïncidence !
Alors là, je
ne te crois pas ! (Rires)
Je t'assure, rien
n'est prémé dité. C'est vrai qu'elle est res
semblante mais c'est une affaire de goût. C'est
aussi une façon amusante de commémo rer notre
dixième anniversaire.
Ah tu vois, c'était
prévu !
Non, promis, ça s'est
fait comme ça. Ca vient peut-être de l'inconscient...
Au fait, j'ai
une question amusante à te poser : TOTO est un
nom simple, le titre de vos albums n'est pas
tellement plus compliqué et votre musique est
paradoxalement très élaborée. Pourquoi une
telle contradiction ?
Tu plaisantes.
TOTO nous a demandé beaucoup de recherche ! Ce n'est
pas évident de trouver un nom aussi ringard ! Au
départ, nous avions une très longue liste mais
aucun ne faisait l'unanimité. Au moins, TOTO,
ça plaît à tout le monde. Peut-être qu'avec
un nom un peu moins idiot, on aurait vendu encore
plus d'albums ! (Rires)
Cette interview
est destinée à un magazine de hard rock, cela
ne te surprend pas trop ?
Depuis le départ,
nous sommes plus ou moins catalogués comme un
groupe de heavy metal. Alors tu sais, on est
blindé. C'est vrai, à nos débuts, le son
était nettement plus agressifs Maintenant, il a
tendance à se radoucir ; TOTO joue beaucoup plus
sur les atmosphères. Objectivement, j'adore The
Seventh One, je trouve qu'il est la parfaite
symbiose de nos albums précédents. Fahrenheit
était peutêtre un peu trop calme. Sur le
dernier, des morceaux comme Stay Away font un
effet de contrebalance par rapport à des
chansons comme Anna.
J'ai remarqué
que sur chacun de vos albums se trouve une jolie
ballade signée Lukather. Sur Fahrenheit, il y
avait Lea, sur The Seventh One, il y a Anna. C'est
devenu un rituel ou quoi ?
Tu ne vas
sûrement pas me croire, mais c'est une
coïncidence, un hasard de circonstances ! (Rires).
Mon inspiration trouve sa source dans plusieurs
styles, il est donc un peu normal qu'on retrouve
des slows dans nos albums, ils font partie de moi,
à côté de morceaux plus dynamiques.
Depuis le
début, vous êtes très populaires aux Etats
Unis ; en Europe, les choses ,ne sont pas allées
aussi vite. li a fallu attendre l'album IV et le
single Africa pour que les gens prennent
conscience que vous n'étiez pas un groupe hard
de plus. Pensez vous pouvoir écrire un autre
morceau aussi populaire ?
Notre nouveau
single aux EtatsUnis est Pamela, ce n'est pas le
même qu'en Europe. On a choisi un truc plus
dynamique pour l'Europe, Only The Children. Je
pense que ça collera plus au marché. On veut
être le plus accessible possible sans tomber
dans le commercial. Je crois que la force de
notre quatrième album était d'arriver justement
à cette prouesse.
Question
inévitable : te considères-tu comme un guitar-hero
?
Honnêtement, non.
Les vrais guitar heroes sont ceux qui ont donné
naissance à de nouveaux styles de jeux et ouvert
de nouveaux horizons. Je ne fais pas partie de
ces gens-là. Pour moi, les grands restent Eric
Clapton, Steve Stevens, Jeff Beck et plus
récemment, Allan Holdsworth un phénomène
largement en avance sur son temps.
En tant que
musicien de studio, tu as travaillé avec de
nombreux artistes. Quelles sont tes meilleures
expériences ?
Elles ont toutes
contribué à me faire progresser, pour la
plupart. Il y a quelques années, j'ai adoré
travailler avec Jeff Beck, Paul Mc Cartney et
Elton John. Ca reste d'excellents souvenirs.
Et votre
expérience cinématographique de Dune ? Vous
referez une B.O. un jour?
Non, cela nous a
porté préjudice. On n'a eu aucun droit pour
modifier telle ou telle séquence ; comme en plus,
le film était loin d'être un chef d'oeuvre,
cela nous a plus nui qu'autre chose !
Laurie Anderson
a réalisé un nouveau film, Home Of The Brave.
Et un des morceaux de The Seventh One s'appelle
aussi Home Of The Brave ? Une coincidence, je
suppose...
Exactement ! (Rires)
Vous êtes
satisfaits de l'actuelle tournée, les choses se
passent comme vous voulez ?
Merveilleusement
bien. Je pense que cette tournée surpasse la
précédente. Nous nous connaissons mieux avec
Joseph et tout tourne de manière impeccable. Le
show est très rock, avec un superbe break de
Jeff à la batterie. Nous sommes vraiment ravis
de jouer live, nous sommes avant tout un groupe
de scène, c'est notre première motivation.
Et pourquoi n'avoir
jamais enregistré d'album live, alors ?
Rassure-toi, c'est
prévu pour la fin de l'année !
Qui s'occupe le
plus du côté business dans le groupe ?
David (Paich),
Jeff (Porcaro) et moi-même sommes les plus
impliqués puique nous sommes là depuis le
premier album.
En parlant de
Porcaro, où est passé le troisième frérot,
Steve, il n'est pas sur la photo de la pochette ?
Oui, mais il fait
quand même la tournée avec nous, ça ne change
rien.
Ah ! Il fait
toujours partie du groupe ?
Non, il a quitté
le groupe, mais il fait quand même la tournée
avec nous. Steve est vraiment très bizarre...
Ah d'accord..
Il n'est plus dans le groupe mais il est quand
même dans le groupe ! Sûrement une coïncidence
de plus ... !
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