Simon Philipps, la nouvelle
tête a TOTO
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1999 |
Simon Phillips a rejoint
Toto en 1992, succédant au batteur Jeff Porcaro
prématurément décédé. Il évoque ici le
groupe californien, qui vient de sortir « Mind
Fields », son dixième album.
Votre dernier album marque-t-il une nouvelle
étape dans l'évolution de Toto ?
Oui, notamment avec le retour de Bobby Kimball au
chant. L'album offre une palette des plus
variées. Essentiellement parce nous avons pu
décider de son contenu. C'est notre dernier
disque avec Sony, nous avons donc décider de
faire un album comportant de nombreux titres et
couvrant d'un large horizon.
On qualifie très souvent votre musique de «
rock californien », adhérez-vous à cette
définition ?
Non, pas vraiment. Je ne pense pas que l'on
puisse parler d'un type de rock particulier.
Notre nouvel album, « Mind Fields », comporte
différents styles de musique : certaines parties
sont très proches du rock des Stones ou des Who,
d'autres sont plus modernes, plus instrumentales,
ou plus jazzy, d'autres encore allient ces
différents aspects. C'est vraiment un mélange
tout à fait caractéristique des albums de Toto
car justement il combine différents types de
musiques. Chaque membre du groupe a joué avec de
très nombreux artistes très différents.
Personnellement, j'ai joué du heavy metal avec
Judas Priest ainsi que du smooth jazz avec David
Benwalk pour ne citer que deux exemples. Mon
propre projet en solo est avant tout instrumental
plus jazz. Steve Lukather et moi faisons
également partie d'un groupe, Los Lobotomys,
dont l'esprit est lui aussi beaucoup plus jazzy.
Nous avons tous traversé différents courants
musicaux.
Vous ne pensez donc pas que l'on puisse parler
d'un son propre à Toto ?
S'il y en a un, nous l'obtenons quand nous nous
réunissons tous ensemble. Oui, c'est vraiment
cela : nous pouvons jouer des morceaux du type
Who ou Stones mais l'on reconnaîtra la patte de
Toto à notre jeu, à notre façon de produire
nos disques.
Pensez-vous avoir fait des émules ?
Non, je ne pense pas (rires), je n'ai pas entendu
un seul groupe ressemblant de près ou de loin à
Toto.
Nombre d'entre-vous ont baigné dès leur
enfance dans une atmosphère très jazz. Celle-ci
a-t-elle influencé la musique de Toto ?
Oui, absolument. Mon père était jazzman en
Angleterre, il a fait partie d'un groupe de
dixieland pendant de nombreuses années. Le père
de Mike Porcaro faisait lui aussi partie de ce
même univers, tout comme le père de David Paich,
Marty Paich, le célèbre compositeur. Nous avons
été élevés dès notre plus jeune âge dans le
milieu professionnel de la musique.
La plupart d'entre vous ont d'ailleurs
débuté comme musiciens de studio.
La plupart des membres du groupe actuel s'étaient
en fait rencontrés au lycée et avaient déjà
formé un groupe, Rural Still Life. Ce n'est qu'ultérieurement
qu'ils ont entamé leur carrière de musiciens de
studio. C'est à l'occasion d'une tournée avec
Boz Scaggs que le label Epic leur a donné l'opportunité
de créer le groupe Toto.
En 20 ans, la physionomie du groupe s'est
souvent modifiée : longue absence de Bobby
Kimball, mort de Jeff Porcaro... Le groupe a-t-il
su néanmoins préserver son identité ?
Les principaux compositeurs du groupe ont
toujours été David Paich et Steve Lukather.
Quoi qu'il advienne, ils continueront à écrire.
Bien évidemment, chaque fois qu'un nouveau
membre s'est intégré au groupe, sa
personnalité, ses compositions personnelles ont
enrichi le « mix » déjà existant. Mais c'est
Dave l'élément central ; c'est le fondateur, la
pierre angulaire du groupe.
Comment expliquez-vous les fréquents
changements de chanteurs qui ont rythmé la vie
de Toto ?
La plupart des groupes n'existent en général
que deux ou trois ans. Pourquoi ces groupes se
séparent ? Par lassitude, en raison de
problèmes divers. Toto est là depuis plus de 22
ans. En fait, être chanteur de Toto n'est pas
une tâche aisée, le niveau des musiciens étant
particulièrement élevé et les chansons très
difficiles à interpréter. Très peu de
chanteurs peuvent assumer ce rôle. De plus, Luke
est aussi chanteur, qui plus est de talent, tout
comme Dave. Cela nous fait trois chanteurs. Cela
complique les choses. Je pense personnellement
que Bobby est le chanteur idéal pour le groupe.
A une certaine période, certaines divergences
sont apparues, Bobby est parti et Toto a connu de
nouveaux chanteurs. Je ne pense pas que Toto ait
trouvé immédiatement sa voix. Mais le retour de
Bobby est une avancée vraiment positive.
Pensez-vous que désormais la structure du
groupe va rester la même ?
C'est difficile à dire, mais je pense que oui,
nous quatre certainement. Bobby est vraiment
content de retrouver le groupe et de notre côté,
nous sommes heureux qu'il soit de retour. Tout va
vraiment dépendre du contrat pour notre prochain
album, nous ne voulons pas nous précipiter afin
d'éviter tous les déboires que nous avons
connus avec le contrat précédent. Nous avons
largement le temps de négocier et de le
réaliser.
Votre nouvel album connaît un important
succès. Il caracole en tête des hit-parades
suisse, allemand ou japonais. Mais la sortie de
votre album aux USA n'est prévue qu'en mai.
La situation y est totalement différente. La
maison de disques aux Etats-Unis, pour d'obscures
raisons, n'aime pas Toto, ils ne nous aident pas
alors que Sony International nous adore. Outre-Atlantique,
la maison de production nous assassine, les
médias nous assassinent. Nous ne sommes pas les
premiers à qui cela arrive, de nombreux autres
groupes ont été victimes du même phénomène.
L'Amérique de nos jours n'est pas l'endroit
idéal pour faire de la musique. Bien sûr, c'est
un lieu de création des plus importants, les USA
comptent de nombreux musiciens de talent, mais
pour les médias, c'est une toute autre histoire...
En fait, comme notre contrat avec Sony s'achève,
nous sommes en train de nous tourner vers d'autres
gens aux Etats-Unis en espérant qu'ils feront
mieux leur travail. C'est triste, mais c'est
comme ça.
Votre public est donc essentiellement
européen...
Nous avons un public important en Europe, mais
aussi en Extrême Orient, en Afrique du Sud, en
Amérique Latine, un peu partout à l'exception
de l'Australie, des USA, et du Royaume Uni. C'est
vraiment étrange...
La plupart des membres du groupe sont
impliqués dans d'autres projets : carrière
solos, enregistrements divers... mais Toto existe
toujours. Après 20 ans de carrière et un tel
succès, qu'est-ce qui vous motive encore aujourd'hui
?
Chacun de nous est impliqué dans divers projets
mais après quelques années nous apprécions
vraiment de nous retrouver tous ensemble car Toto
nous permet de réaliser de grands concerts et de
disposer d'importants moyens de production ; ce
que bien évidemment nous apprécions tous. Notre
motivation est avant tout liée à notre succès.
Nous avons de nombreux fans partout dans le monde,
nous avons vendus près de 12 millions d'albums.
C'est ce public, ces fans qui nous motivent.
Pour le groupe créateur de « Africa », ce
nouvel album signe le retour de Bobby Kimball au
chant.
(D.R.)
Propos recueillis par Olivier
DINTINGER
Journal
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