Le public
français vous adore, les USA ont assassiné
votre dernier album, " Mindfields ", l'Angleterre
vous a toujours ignoré. Tentés de changer de
passeport ?
C'est dingue d'avoir à faire douze heures d'avion
pour retrouver son public. Avec Steve Lukather (le
guitariste de Toto), on a déjà pensé à s'installer
ici. La France, ce n'est pas seulement notre
meilleur pays pour les ventes d'albums. C'est ici
qu'on s'est vu grandir : la première fois qu'on
a joué à Paris, il y avait maximum 1 500
personnes dans la salle. Pour notre dernier
concert à Bercy, ils étaient plus de 20 000.
Pourquoi un live de plus de Toto ?
C'est surtout le retour de notre chanteur d'origine,
Bobby Kimball, qui nous a motivé. On n'avait
jamais enregistré live avec lui. En plus, notre
dernier disque de scène, Absolutely Live avait
un son pourri, des balances catastrophiques.
Même les disques pirates qui circulaient
sonnaient mieux. Cette fois, on voulait un vrai
live hi-fi avec Bobby. Il n'aurait jamais du
quitter le groupe. Et cette fois, promis, on ne
le laissera pas repartir.
A plus de 40 ans, vous ne vous sentez pas trop
" papis du rock " ?
Nos fans de la première heure ont grandi : ce
sont maintenant leurs enfants qui viennent à nos
concerts. Un tiers de notre public a entre 18 et
25 ans. C'est hallucinant pour un groupe de vieux
routards comme nous.
Vous n'avez plus grand chose à prouver. Qu'est
ce qui vous pousse a continuer ?
On s'apprécie, comme des frères. Pourtant, il y
a de fortes personnalités dans le groupe. C'est
comme dans une équipe de basket : chacun doit
tenir son rôle, avoir sa place. Quand on fait
tourner les solos sur scène, c'est comme
réussir une bonne passe.
Vous suivez le rock actuel ? Qu'est ce que
vous écoutez ?
Ni hip hop ni trip hop. Le Top 40 américain
quand j'amène mes gamins à l'école. Sinon, du
classique, du jazz, Miles, Coltrane
C'est
de là que vient le son orchestral de Toto. On a
toujours été plus près de Stravinski que de
Korn.
Vous ne vous sentez pas un peu isolés à
jouer vos grandes symphonies rock alors que
depuis Sonic Youth, le rock est devenu une
affaire d'énergie, de recherche de sons plus que
de belles partitions ?
C'était déjà le même débat entre les Beatles
et les Stones. Pendant des années, les majors
ont investi sur des gosses qui avaient appris à
jouer la veille. Nous nous sentons héritiers de
l'autre école, celle qui pense qu'on peut aller
au-delà de trois accords en restant rock.
Beaucoup de gens nous trouvent trop sophistiqués
: chacun son public.
Toujours requins de studio ?
Avec les machines, la scène studio a quasiment
disparu. Le public ne fait plus la différence
entre les ordinateurs et les musiciens. Je trouve
encore quelques engagements : j'ai par exemple
joué sur un morceau du dernier Santana,
enregistré en Californie.
Qu'est ce qui vous a permis de durer : la
cocaïne, les California girls ou les changements
incessants dans la composition du groupe ?
La cocaïne et les californiennes auraient pu
nous perdre. Ce qui nous a maintenu en vie, c'est
le plaisir de jouer ensemble, le respect de nos
talents respectifs.
Propos recueillis par Jérôme Boyon. source
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