Mike Porcaro

 


Le public français vous adore, les USA ont assassiné votre dernier album, " Mindfields ", l'Angleterre vous a toujours ignoré. Tentés de changer de passeport ?

C'est dingue d'avoir à faire douze heures d'avion pour retrouver son public. Avec Steve Lukather (le guitariste de Toto), on a déjà pensé à s'installer ici. La France, ce n'est pas seulement notre meilleur pays pour les ventes d'albums. C'est ici qu'on s'est vu grandir : la première fois qu'on a joué à Paris, il y avait maximum 1 500 personnes dans la salle. Pour notre dernier concert à Bercy, ils étaient plus de 20 000.

Pourquoi un live de plus de Toto ?

C'est surtout le retour de notre chanteur d'origine, Bobby Kimball, qui nous a motivé. On n'avait jamais enregistré live avec lui. En plus, notre dernier disque de scène, Absolutely Live avait un son pourri, des balances catastrophiques. Même les disques pirates qui circulaient sonnaient mieux. Cette fois, on voulait un vrai live hi-fi avec Bobby. Il n'aurait jamais du quitter le groupe. Et cette fois, promis, on ne le laissera pas repartir.

A plus de 40 ans, vous ne vous sentez pas trop " papis du rock " ?

Nos fans de la première heure ont grandi : ce sont maintenant leurs enfants qui viennent à nos concerts. Un tiers de notre public a entre 18 et 25 ans. C'est hallucinant pour un groupe de vieux routards comme nous.

Vous n'avez plus grand chose à prouver. Qu'est ce qui vous pousse a continuer ?

On s'apprécie, comme des frères. Pourtant, il y a de fortes personnalités dans le groupe. C'est comme dans une équipe de basket : chacun doit tenir son rôle, avoir sa place. Quand on fait tourner les solos sur scène, c'est comme réussir une bonne passe.

Vous suivez le rock actuel ? Qu'est ce que vous écoutez ?

Ni hip hop ni trip hop. Le Top 40 américain quand j'amène mes gamins à l'école. Sinon, du classique, du jazz, Miles, Coltrane… C'est de là que vient le son orchestral de Toto. On a toujours été plus près de Stravinski que de Korn.

Vous ne vous sentez pas un peu isolés à jouer vos grandes symphonies rock alors que depuis Sonic Youth, le rock est devenu une affaire d'énergie, de recherche de sons plus que de belles partitions ?

C'était déjà le même débat entre les Beatles et les Stones. Pendant des années, les majors ont investi sur des gosses qui avaient appris à jouer la veille. Nous nous sentons héritiers de l'autre école, celle qui pense qu'on peut aller au-delà de trois accords en restant rock. Beaucoup de gens nous trouvent trop sophistiqués : chacun son public.

Toujours requins de studio ?

Avec les machines, la scène studio a quasiment disparu. Le public ne fait plus la différence entre les ordinateurs et les musiciens. Je trouve encore quelques engagements : j'ai par exemple joué sur un morceau du dernier Santana, enregistré en Californie.

Qu'est ce qui vous a permis de durer : la cocaïne, les California girls ou les changements incessants dans la composition du groupe ?

La cocaïne et les californiennes auraient pu nous perdre. Ce qui nous a maintenu en vie, c'est le plaisir de jouer ensemble, le respect de nos talents respectifs.

Propos recueillis par Jérôme Boyon. source alapage.com



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