Source: Bass
Magazine N°21 septembre / Octobre 1998
Toto
au Réservoir La nouvelle avait sonné comme un
gag. Mème si les qualités d'accueil et de
confort musical de cet établissement parisien
sont remarquables, sa capacité relativement
reduite pouvait faire craindre le pire, pour un
groupe qui fait habituellement salle comble à
Bercy ou au Zénith. Tout se passa pourtant
admirablement. Les rares prrvilegies qui ont pu
assisté à l'événement peuvent en temoigner
avec même la participation de quelques invités
surprises que nous laisserons à Mike le plaisir
d'annoncer.
Toto
XX est un album particulier, reprenant des
morceaux écrits il y a longtemps et avec des
musiciens ne faisant plus partie du groupe
aujourd'hui. Quel est ton sentiment là-dessus ?
Nous travaillons sur un nouvel album de
compositions originales, mais l'année 1998
marquant les 20 ans d'activité de Toto, nous
voulions marquer le coup pour nos fans. Nous
avons alors consulté nos archives. Pour chaque
album. nous avons toujours enregistré une
quinzaine de titres alors que seule une dizaine
en était retenue sur les versions finales. Cela
fait évidemment beaucoup de 'chutes' que nous
avons décidé d'exhumer en essayant de couvrir
toutes les différentes
periodes du groupe. Le choix était facilité
dans la mesure où nous voulions des chansons
déjà terminées. sans avoir à rajouter quelque
partie que ce soit; ça limitait les
possibilités et la sélection s'est donc faite
très naturellement, d'autant que nous avons
donné la priorité aux morceaux sur lesquels
jouait Jeff (Porcaro), des shuffles notamment,
domaine dans lequel il excellait chacun en
convient.
Et concernant
les mixages ?
La plupart sont restes tels quels. Avec
Elliot Scheiner, notre ingenieur du son depuis 4
ans, nous avons fait quelques retouches, mais
encore une fois aucune prise additionnelle sauf
une guitare rythmique que Steve n'avait jamais eu
le temps de faire.
Donc les lignes
de basse sont d'époque ?
Absolument ! Il en y a plusieurs de David
Hungate, le premier bassiste de Toto et l'on n'a
pas manqué de me suggérer de les refaire. J'ai
refusé categoriquement. Cela n'aurait rien voulu
dire par rapport à ce que nous voulions rendre
des différentes étapes de l'évolution du
groupe.
Je suppose que
ramener tout cela a la surace a dû susciter
beaucoup d'émotion ?
En effet. Au fur que et à mesure que nous
ouvrions les pistes, des souvenirs de tous les
moments qui ont accompagne ces enregistrements
affluaient avec évidemment Jeff en première
place. C'était d'une rare intensité.
Tu parlais d'un
nouvel album ?
Il devrait sortir en janvier 99. et nous
avons déjà des concerts programmes en France en
mars 99 .
99, c'est un
bon numéro pour vous ?
(rires) Je crois bien. Nous cherchons d'ailleurs
un endroit à Paris pour jouer le soir du Nouvel
An, même un petit club. ce sera surtout une
bonne occasion de faire la fète.
Comment la
formation du groupe va-t-elle evoluer ?
Nous ne sommes pas encore fixés. Nous
essayons plusieurs directions. Nous savons que le
public regrette une certaine epoque de Toto. D'ailleurs
pour ce concert du Réservoir, mon frère Steve (Porcaro)
ainsi que Bobby Kimball et Joseph Williams (qui
ont sevi au chant par le passe avec Toto. NDR)
vont nous rejoindre. Nous avons encore à parler,
mais il se peut que Bobby soit avec nous pour les
prochains concerts.

Tu as écrit
"Turning Point' sur l'album Tambu. Vas-tu
recidiver sur le nouvel album ?
Je l'espère même si je ne suis pas vraiment
un compositeur. Je suis bassiste et j'ecris avant
tout dans une situation de groupe. Avec Jeff nous
partions sur un groove et David ou Steve en
faisaient une chanson. Peut-être cela va-t-il se
reproduire sur le nouvel album mais ces derniers
restent les compositeurs principaux quoiqu'il en
soit. Nous n'excluons pas d'autre part de
recourir à des collaborations extérieures.
D'autres
activites en parallèle à Toto ?
Je viens de terminer un album de Carlos
Santana. J'ai beaucoup apprécié cette
opportunité trente ans après Woodstock, d'autant
que c'est du Santana pur jus avec des rythmes
latins. J'adore ! Je collabore aussi pas mal à
des musiques de films. Sinon le travail en studio
a beaucoup changé. Les gens travaillent de plus
en plus à la maison en petites structures ou
avec des groupes déjà constitués. Personne n'a
plus besoin de louer les services de Mike Porcaro
(rires). Nous sommes remplacés par les boites à
rythmes et les synthés basse. Les maisons de
disques qui musicalement ne voient pas la
différence y trouvent leur compte et je trouve
cela un peu regrettable. Les musiciens sont de
plus en plus isolés et l'on ne sent plus l'effervescence
que l'on a connue par le passé à Los Angeles.
Toi tu as un
home studio ?
Pas vraiment. Mon frère Steve, qui habite à
100 mètres de chez moi a une installation des
plus perfectionnées et je vais chez lui au
besoin. J'ai juste un Mac avec un synthe et une
boite de direct pour ma basse pour maquetter, je
ne veux même pas envisager de faire un album
chez moi, les studios sont une telle source de
problèmes ! J'ai juste besoin du minimum pour
poser des idees et aller ensuite les exploiter
chez les personnes compétentes. Dernièrement. j'ai
eu pas mal de temps pour travailler la basse et
même ma vieille contrebasse que j'avais
delaissée depuis trop longtemps. C'est un reel
bonheur. Par contre. je ne l'emmènerais pas sur
la route; s'il le fallait je me trouverais une
contrebasse electrique, style Clevinger.
Question
rituelle : qu'en est-il du projet d'album des
frères Porcaro ?
C'est vrai qu'il y a longtemps qu'on en parle
avec Steve, mais ce n'est pas facile, notamment
à cause de Toto et de son planning hyper-chargé
enregistrements, tournées mondiales ... Quand
survient une petite pause, c'est Steve qui se
retrouve avec une musique de film qui lui prend
deux ou trois mois et on ne s'en sort jamais. C'est
vraiment un long processus mais nous sommes
déterminés à le mener à terme.
Tu nous as dit
la même chose il y a deux ans (Bass Mag. n°5)
(rires) C'est vrai, et je le répète : il
nous faut juste du temps !
Parlons de ton
matériel. Tu es toujours endorsé par Status ?
Oui, Rob Green est un grand ami et j'aime
beaucoup ses basses, des modèles. Empathy en ce
qui me concerne, surtout sur la route. Tu peux
les soumettre aux pires conditions, elles sont
indestructibles et leur son est chaud et profond.
J'ai toujours mes basses F et Music Man à la
maison et récemment j'ai redécouvert avec un
plaisir énorme une vieille Ibanez Roadstar 4
cordes que j'ai d'ailleurs utilisée sur l'album
de Santana. J'aimer changer d'instrument, cela
renouvelle l'inspiration.
Sur la dernière tournée, je n'ai même pas
utilisé d'ampli de scène. J'entrais directement
dans la console en passant par une boîte de
direct à lampes avec 4 retours. Lorsque Steve
Lukather chante en lead il ne veut entendre la
basse trop fort et à force de me baisser, je m'entendais
plus dans les retours que par mon ampli.
Finalement j'ai trouvé que ce n'était pas si
mal et même carrément bien au niveau de l'écoute,
puisque le son vient par l'avant au lieu de l'ampli
qui est généralement derrière toi. De plus,
rien ne repasse dans les micros de la batterie ou
de la guitare et le son général s'en trouve
sensiblement amélioré : plus clair, sans
fréquences graves qui traînent et qui
assombrissent tout, c'est plus facile à gérer
par les ingénieurs du son qui eux de toutes
façons adorent cette formule. Ça a été une
grande découverte pour moi. Je n'en abandonne
pas pour autant mes amplis Trace Elliot ou SWR;
je pense dalleurs qu'il serait intéressant de
développer avec eux des retours vraiment
dédiés à la basse. Après plus de vingt ans de
scène, j'ai des petites idées là-dessus.
Et la 6 cordes
?
Pour ce que j'ai à faire je n'en ai pas
vraiment besoin. En tant que bassiste je suis
évidemment curieux devant l'instrument et à la
maison j'expérimente les possibilités
supplémentaires qu'il offre, notamment avec une
Status fretless. De là à l'utiliser en
situation... Peut être sur le nouvel album.
Sinon mon frère Steve, qui habite juste en face
de chez Chapman possède un Stick. J'aime
beaucoup l'instrument et ce qu'en fait Tony Levin
mais moi je me contente de le regarder. Ce n'est
pas pour moi, je le crains (rires). Je n'utilise
pas d'effets; même la compression tu peux t'en
passer si tu as une bonne technique c'est même
préférable si tu veux garder le contrôle des
nuances et de la dynamique.
Je monte des cordes Trace Elliot 45 / 130 pour
avoir une bonne tension du Si grave et je les
change tous les deux shows. Quand tu joues dans
des salles comme Bercy, le son de la basse c'est
déjà une telle mélasse u'il faut au moins
garder des aigus our l'ingénieur du son.
Qu'écoutes-tu
en ce moment ?
Principalement du jazz et du classique
et la radio en voiture pour saisir un peu l'air
du temps. J'ai trois enfants assez jeunes et je n'ai
pas tellement le loisir de m'asseoir et d'écouter
tranquillement
de la musique. Eux ne sont pas tellement attirés
par la pratique musicale contrairement à nous,
mes frères et moi qui dès l'àge de 5 ans
étions complètement mordus. Je ne fais pas de
forcing. La musique est avant tout un don et une
disposition; je leur construit néanmoins un
environnement propice, au cas où...
Je t'ai vu
écrire de la main gauche et tu joues de la basse
en droitier ?
Le jour où on m'a acheté ma première guitare,
j'ai pris immédiatement un cours avec un
professeur qui m'a fait jouer à droite. Je n'ai
pas eu le temps de prendre de "mauvaises"
habitudes. Qui sait ce que ça aurait donné si j'avais
joué à gauche !
Vous dédiez
Toto XX à Jeff et à Alfred La garde. Qui est ce
dernier ?
C'est un disc-jockey hollandais qui nous a
beaucoup aidé au tout début. Il a disparu
dernièrement et nous voulions lui rendre hommage.

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