Mike Porcaro, Histoire de TOTO

 


Source: Bass Magazine N°21 septembre / Octobre 1998

Toto au Réservoir La nouvelle avait sonné comme un gag. Mème si les qualités d'accueil et de confort musical de cet établissement parisien sont remarquables, sa capacité relativement reduite pouvait faire craindre le pire, pour un groupe qui fait habituellement salle comble à Bercy ou au Zénith. Tout se passa pourtant admirablement. Les rares prrvilegies qui ont pu assisté à l'événement peuvent en temoigner avec même la participation de quelques invités surprises que nous laisserons à Mike le plaisir d'annoncer.

Toto XX est un album particulier, reprenant des morceaux écrits il y a longtemps et avec des musiciens ne faisant plus partie du groupe aujourd'hui. Quel est ton sentiment là-dessus ?
Nous travaillons sur un nouvel album de compositions originales, mais l'année 1998 marquant les 20 ans d'activité de Toto, nous voulions marquer le coup pour nos fans. Nous avons alors consulté nos archives. Pour chaque album. nous avons toujours enregistré une quinzaine de titres alors que seule une dizaine en était retenue sur les versions finales. Cela fait évidemment beaucoup de 'chutes' que nous avons décidé d'exhumer en essayant de couvrir toutes les
différentes periodes du groupe. Le choix était facilité dans la mesure où nous voulions des chansons déjà terminées. sans avoir à rajouter quelque partie que ce soit; ça limitait les possibilités et la sélection s'est donc faite très naturellement, d'autant que nous avons donné la priorité aux morceaux sur lesquels jouait Jeff (Porcaro), des shuffles notamment, domaine dans lequel il excellait chacun en convient.

Et concernant les mixages ?
La plupart sont restes tels quels. Avec Elliot Scheiner, notre ingenieur du son depuis 4 ans, nous avons fait quelques retouches, mais encore une fois aucune prise additionnelle sauf une guitare rythmique que Steve n'avait jamais eu le temps de faire.

Donc les lignes de basse sont d'époque ?
Absolument ! Il en y a plusieurs de David Hungate, le premier bassiste de Toto et l'on n'a pas manqué de me suggérer de les refaire. J'ai refusé categoriquement. Cela n'aurait rien voulu dire par rapport à ce que nous voulions rendre des différentes étapes de l'évolution du groupe.

Je suppose que ramener tout cela a la surace a dû susciter beaucoup d'émotion ?
En effet. Au fur que et à mesure que nous ouvrions les pistes, des souvenirs de tous les moments qui ont accompagne ces enregistrements affluaient avec évidemment Jeff en première place. C'était d'une rare intensité.

Tu parlais d'un nouvel album ?
Il devrait sortir en janvier 99. et nous avons déjà des concerts programmes en France en mars 99 .

99, c'est un bon numéro pour vous ?
(rires) Je crois bien. Nous cherchons d'ailleurs un endroit à Paris pour jouer le soir du Nouvel An, même un petit club. ce sera surtout une bonne occasion de faire la fète.

Comment la formation du groupe va-t-elle evoluer ?
Nous ne sommes pas encore fixés. Nous essayons plusieurs directions. Nous savons que le public regrette une certaine epoque de Toto. D'ailleurs pour ce concert du Réservoir, mon frère Steve (Porcaro) ainsi que Bobby Kimball et Joseph Williams (qui ont sevi au chant par le passe avec Toto. NDR) vont nous rejoindre. Nous avons encore à parler, mais il se peut que Bobby soit avec nous pour les prochains concerts.

Tu as écrit "Turning Point' sur l'album Tambu. Vas-tu recidiver sur le nouvel album ?
Je l'espère même si je ne suis pas vraiment un compositeur. Je suis bassiste et j'ecris avant tout dans une situation de groupe. Avec Jeff nous partions sur un groove et David ou Steve en faisaient une chanson. Peut-être cela va-t-il se reproduire sur le nouvel album mais ces derniers restent les compositeurs principaux quoiqu'il en soit. Nous n'excluons pas d'autre part de recourir à des collaborations extérieures.

D'autres activites en parallèle à Toto ?
Je viens de terminer un album de Carlos Santana. J'ai beaucoup apprécié cette opportunité trente ans après Woodstock, d'autant que c'est du Santana pur jus avec des rythmes latins. J'adore ! Je collabore aussi pas mal à des musiques de films. Sinon le travail en studio a beaucoup changé. Les gens travaillent de plus en plus à la maison en petites structures ou avec des groupes déjà constitués. Personne n'a plus besoin de louer les services de Mike Porcaro (rires). Nous sommes remplacés par les boites à rythmes et les synthés basse. Les maisons de disques qui musicalement ne voient pas la différence y trouvent leur compte et je trouve cela un peu regrettable. Les musiciens sont de plus en plus isolés et l'on ne sent plus l'effervescence que l'on a connue par le passé à Los Angeles.

Toi tu as un home studio ?
Pas vraiment. Mon frère Steve, qui habite à 100 mètres de chez moi a une installation des plus perfectionnées et je vais chez lui au besoin. J'ai juste un Mac avec un synthe et une boite de direct pour ma basse pour maquetter, je ne veux même pas envisager de faire un album chez moi, les studios sont une telle source de problèmes ! J'ai juste besoin du minimum pour poser des idees et aller ensuite les exploiter chez les personnes compétentes. Dernièrement. j'ai eu pas mal de temps pour travailler la basse et même ma vieille contrebasse que j'avais delaissée depuis trop longtemps. C'est un reel bonheur. Par contre. je ne l'emmènerais pas sur la route; s'il le fallait je me trouverais une contrebasse electrique, style Clevinger.

Question rituelle : qu'en est-il du projet d'album des frères Porcaro ?
C'est vrai qu'il y a longtemps qu'on en parle avec Steve, mais ce n'est pas facile, notamment à cause de Toto et de son planning hyper-chargé enregistrements, tournées mondiales ... Quand survient une petite pause, c'est Steve qui se retrouve avec une musique de film qui lui prend deux ou trois mois et on ne s'en sort jamais. C'est vraiment un long processus mais nous sommes déterminés à le mener à terme.

Tu nous as dit la même chose il y a deux ans (Bass Mag. n°5)
(rires) C'est vrai, et je le répète : il nous faut juste du temps !

Parlons de ton matériel. Tu es toujours endorsé par Status ?
Oui, Rob Green est un grand ami et j'aime beaucoup ses basses, des modèles. Empathy en ce qui me concerne, surtout sur la route. Tu peux les soumettre aux pires conditions, elles sont indestructibles et leur son est chaud et profond. J'ai toujours mes basses F et Music Man à la maison et récemment j'ai redécouvert avec un plaisir énorme une vieille Ibanez Roadstar 4 cordes que j'ai d'ailleurs utilisée sur l'album de Santana. J'aimer changer d'instrument, cela renouvelle l'inspiration.
Sur la dernière tournée, je n'ai même pas utilisé d'ampli de scène. J'entrais directement dans la console en passant par une boîte de direct à lampes avec 4 retours. Lorsque Steve Lukather chante en lead il ne veut entendre la basse trop fort et à force de me baisser, je m'entendais plus dans les retours que par mon ampli. Finalement j'ai trouvé que ce n'était pas si mal et même carrément bien au niveau de l'écoute, puisque le son vient par l'avant au lieu de l'ampli qui est généralement derrière toi. De plus, rien ne repasse dans les micros de la batterie ou de la guitare et le son général s'en trouve sensiblement amélioré : plus clair, sans fréquences graves qui traînent et qui assombrissent tout, c'est plus facile à gérer par les ingénieurs du son qui eux de toutes façons adorent cette formule. Ça a été une grande découverte pour moi. Je n'en abandonne pas pour autant mes amplis Trace Elliot ou SWR; je pense dalleurs qu'il serait intéressant de développer avec eux des retours vraiment dédiés à la basse. Après plus de vingt ans de scène, j'ai des petites idées là-dessus.

Et la 6 cordes ?
Pour ce que j'ai à faire je n'en ai pas vraiment besoin. En tant que bassiste je suis évidemment curieux devant l'instrument et à la maison j'expérimente les possibilités supplémentaires qu'il offre, notamment avec une Status fretless. De là à l'utiliser en situation... Peut être sur le nouvel album. Sinon mon frère Steve, qui habite juste en face de chez Chapman possède un Stick. J'aime beaucoup l'instrument et ce qu'en fait Tony Levin mais moi je me contente de le regarder. Ce n'est pas pour moi, je le crains (rires). Je n'utilise pas d'effets; même la compression tu peux t'en passer si tu as une bonne technique c'est même préférable si tu veux garder le contrôle des nuances et de la dynamique.
Je monte des cordes Trace Elliot 45 / 130 pour avoir une bonne tension du Si grave et je les change tous les deux shows. Quand tu joues dans des salles comme Bercy, le son de la basse c'est déjà une telle mélasse u'il faut au moins garder des aigus our l'ingénieur du son.

Qu'écoutes-tu en ce moment ?
Principalement du jazz et du classique et la radio en voiture pour saisir un peu l'air du temps. J'ai trois enfants assez jeunes et je n'ai pas tellement le loisir de m'asseoir et d'écouter tranquillement de la musique. Eux ne sont pas tellement attirés par la pratique musicale contrairement à nous, mes frères et moi qui dès l'àge de 5 ans étions complètement mordus. Je ne fais pas de forcing. La musique est avant tout un don et une disposition; je leur construit néanmoins un environnement propice, au cas où...

Je t'ai vu écrire de la main gauche et tu joues de la basse en droitier ?
Le jour où on m'a acheté ma première guitare, j'ai pris immédiatement un cours avec un professeur qui m'a fait jouer à droite. Je n'ai pas eu le temps de prendre de "mauvaises" habitudes. Qui sait ce que ça aurait donné si j'avais joué à gauche !

Vous dédiez Toto XX à Jeff et à Alfred La garde. Qui est ce dernier ?
C'est un disc-jockey hollandais qui nous a beaucoup aidé au tout début. Il a disparu dernièrement et nous voulions lui rendre hommage.



Copyright © 1998-2005 totoweb.org - Jérôme & Nick