Revue de concert

 


Paris 8 novembre 1999

Paris en Automne

19h30, porte de Pantin. Je range mon Fazer auprès d autres motos. Une passante m aborde et me demande quel groupe joue au Zénith ce soir. Je répons en étant sûr que cette personne ne connaîtra pas le nom que je viens d évoquer. Pourtant, elle en connaît des titres et des interprétations des musiciens composant ce groupe ! Elle repartira sans le savoir. Cette ignorance ne se lit pas sur le visage des autres personnes que je vois se rassembler. La file vers le Zénith se fond dans l obscurité. Passage des billets. La fosse n est pas remplie, les gradins à peine. Je regarde la foule. Les T-shirts de Bercy sont bien mis en évidence. Pas de doute, les fans sont présents.

On prend les mêmes&

20h30, l excitation est à son comble sur la scène. Un peu de patience et les lumières bleues remplacent la lumière diffuse de la salle. Dès l intro, on comprend qu on assistera à un spectacle pratiquement similaire à Bercy. " Caught in the balance " puis " Tale of a man ". Je commence à écrire l ordre d apparition des morceaux mais pas facile avec un casque à la main gauche. Les morceaux s enchaînent, j arrête de prendre des notes. Steve explique que ce concert est le dernier de la tournée. Pour l instant, aucune différence notable par rapport à Bercy bien que le son soit excellent et que Bobby Kimball soit en voix. La première intervention de Luke tranche la salle dans sa longueur. Le son est fabuleux mais assez aigu et plein de réverbs. Steve nous livre un solo teinté d influences blues et également orientales.

Les blagues de Toto

C est pendant le solo de Simon que le concert prendra sa véritable ampleur. Comme pour celui de Steve, Simon nous délivre un nouveau solo bien senti. Il est en effet un spécialiste de cet exercice. Nous montrant qu il peut faire avec ses pieds ce qu

il fait avec ses mains, Simon commence à tricoter ses deux grosses caisses. Surprise ! Sur l écran, le contenu du petit déjeuner de Simon est affiché. En même temps, les roadies portent ce même petit déjeuner à Simon en le posant sur ses fûts. Simon est bien amusé et continue à tricoter sa double sans aucune perte de rythme. Luke photographie la victime, le groupe est amusé. Deux minutes de plaisanterie et de performance plus tard, Simon nous refait le coup de l ambidextre totale grâce à ses quatre octobans. Le gentleman laisse place au bûcheron, les années Judas Priest  MSG ont servi. Luke explique que Simon, en bon anglais, tient à son petit déj typique chaque matin ce qu a bien relevé Luke et le reste du groupe.

L'imitation de vitesse

Comme pour Bercy, Luke prend sa sèche et nous refait un medley. Puis l ambiance devient planante. Une magnifique interprétation de " Georgie Porgy " tout en douceur grâce au grand arrangeur David. Superbe ! Une réponse à la version guimauve d Eric Benet ?

Si le groupe calme le jeu, les roadies continuent à mettre l ambiance. A " 99 ", un roadie apporte chandelier et bougies puis pose le tout près des claviers de David. Luke chante bien concentré mais ne peut s empêcher de rire en voyant le tableau. C est la dernière et ça se sent.

I introduce you&

" Better world " et " Cruel " permettent au groupe d exprimer à la fois force et douceur. Steve passe sa guitare en arrière et présente le groupe. Il commence par Bobby et évoque sa sobriété envers l alcool et le shit. Ça casse. On présente le clavier qui officie en coulisse. C est certainement lui qui balance aussi les séquences qui relèvent les chorus. Puis Simon. Après le petit déjeuner, il va encore en prendre pour son grade. David attaque la bande originale du film " Titanic ". Sur l écran , la célèbre photo de Leonardo et sa belle écartant les bras à l avant du bateau. Mais la tête de l actrice est remplacée par celle de Simon. Luke reprend les paroles de Céline Dion. Effet dans la salle qui ovationne. Présentation de Mike. Après des éloges sur ses capacités de musicien, Steve nous avoue qu il est aussi le plus marrant de la bande. Sur l écran, une photo de lui avec certainement son fils et portant de travers un chapeau de viking. Le public acclame Mike qui est vraiment très apprécié. Il n arrive pas à parler, son émotion est grande. Il présente Steve. Une nouvelle tuerie. Steve apparaît à l écran, simulant une séance de torture où il est ligoté et porte un masque noir. Une autre photo le montre portant une couche-culotte au-dessus de son jean. Au tour de David. Au préalable, les roadies ont décoré ses claviers avec des drapeaux. Il porte un chapeau haut de forme. Les chSurs ont été présentés. Steve a même permis à chacun d entre eux de jouer un morceau connu qu il a composé.

Rappel automatique

David attaque son solo. A nouveau, il sera différent de celui de Bercy. David va laisser planer un parfum d Orient avant de lancer un furieux " White sister ". Quelle version démente ! Premier rappel. " Child s anthem ". Chaque note de Luke sera chantée par le public. Deuxième rappel. " Hold the line ". Toute l équipe vient sur la scène et salue le public.

Le Zénith sort du rêve. On s arrache les baguettes, les médiators, & Le public est satisfait. Les commentaires vont bon train. En général, la haute performance musicale a été plus ressentie que les blagues de fin de tournée. Mission accomplie.

A chaud

Ce concert ne ressemblait pas à Bercy par son esprit et parce qu il correspondait à la dernière date de tournée. Superbe cadeau que Toto fait à son public français qui n est cependant pas son premier. Le retour de Bobby Kimball a été amplement salué mais il est terni par une dure réalité. Malgré sa bonne volonté, ses performances sont rattrapées par les abus qu il a accumulé dans sa vie. On ne compte plus le nombre de fois où Bobby, visage gonflé et traits sous les chaussettes, se frotte le visage et bouge pour bouger. Ces concerts ont été éprouvants pour lui et cela se voit. Reviendra-t-il bientôt ? Peut-être. En tout cas, son départ ne serait pas une surprise. Jean-Michel Byron est bien parti sur de plus mauvaises justifications.

Steve Lukather s impose à nouveau comme leader. Ses interventions guitaristiques en ont tué plus d un et ont été bien relevées par un son à la hauteur. Il n est pas étonnant que Simon Philipps ait eu des problèmes de dos l obligeant à se faire remplacer par Gregg Bissonette. Tout son jeu est axé sur le pivotement. Non seulement il pivote sur son siège en permanence mais il fait aussi une séance d élongation à chaque coup de cymbale. Et s il ne contentait que d une& Pendant son solo, les roadies sont venus avec un plumeau pour enlever fictivement la poussière. Il faut dire qu ils ont réglé leur compte avec le seul batteur qui règle sa batterie avec un niveau d eau. David est non seulement le plus rigolard mais aussi un grand arrangeur. Il fallait le voir imiter Mike Porcaro se couchant sur sa basse à chaque note.

Toto a joué un de ses meilleurs concerts. La fin de la tournée a permis à nos héros de prendre des risques. Steve a improvisé la plupart du temps. Je regretterais cependant qu il n ait pas joué " Little wing " qu il reprend à merveille. Bobby a fait don de lui. Visiblement fatigué, il a laissé sa voix au Zénith.

Le Zénith n est pas Bercy. Les décors ont moins été mis en valeur par la taille de la salle. En contrepartie, l atmosphère y était plus humaine.

Je regretterais l absence d une première partie. Je sais que cela ne se prêtait pas au contexte mais il faut donner la chance à de nouveaux artistes. Michelle White à Bercy avait bien commencé mais ses reprises ont gonflé. Toto a été également une première partie en son temps comme beaucoup d autres groupes. Ne tombons pas dans le travers des musiques qui ne se découvrent pas. Le Rock a cette chance de se renouveler en vieillissant. Et Toto l a encore prouvé un 8 Novembre.

Merci

Pour finir, je ne ferais que reprendre les paroles de Steve Lukather : " Nous ne sommes pas qu un groupe, nous sommes des amis. Vous êtes nous et nous sommes vous ".

Vos remarques à
Eric "Coyote" Lacombe

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