| Qui êtes-vous ? Contrairement à lhabitude,
le concert de ce soir nous amène à poser la
question suivante : " Mais
qui allons-nous voir ? " . Que
Luke fasse des siennes derrière un énième
artiste de légende, la chose ne nous émeut que
bien peu maintenant. Edgar Winter nous interpelle
plus par son nom que par son prénom.
Heureusement que la foule des spécialistes en
herbe indique rapidement que le lascar nest
autre que le frère de Johnny, véritable as de
la six cordes façon blues et reconnaissable par
la blancheur de sa chevelure. Pourtant il
nest pas surprenant que Steve et Edgar
fasse uvre commune car le premier a
travaillé avec le frère du second.
Soft Luke, Hard
Winter
Le New Morning est une
salle fort réputée pour ses représentations
jazz. Les plus grands noms sy sont produits,
de Chick Corea en passant par Mike Stern-Dave
Weckl ou encore Didier Lockwood pour les plus
contemporains. Une salle faîte pour les
musiciens car le public voit les artistes à dix
mètre à peine ce qui change des mégasalles où
il faut faire plus preuve dimagination...
La salle est sobre, un bar sur le côté avec des
serveuses qui déambulent, un service
dordre léger. Luke se serait-il calmé lui
qui vénérait le son gras des amplis à lampes ?
Les grands noms du jazz qui se sont précipités
au New Morning auraient-ils jeté comme un sort
sur la MusicMan de Steve ? Les amplis Rivera
et le rack deffets laissent pourtant croire
le contraire.
Les protagonistes se
mettent en place dans un style qui démarque
dune grande salle de concert : Par une
petite porte sur le côté de la scène. Le ton
est donné : Cest le tourisme qui est
le moteur de la tournée. Steve est habillé en
parfait plagiste avec un jean coupé au niveau
des genoux et une chemise Tati en solde. Edgar
Winter nous apparaît et la blancheur de sa
crinière blanche est augmentée par les trois
couleurs primaires injectées sur la scène. Plus
modestement, Phil Soussan, grand pote de nos
Héros et aussi compositeur tient la basse et se
ligue à Gary Fergusson aux futs.
Pour tous ceux qui
croyaient que Luke allait faire jazzy, " Smell
Yourself " a mis tout le monde
daccord. Le style est attaquant déjà par
lutilisation dune double pédale qui,
mixé trop haute, nous rappelle les origines de
lHomme. Manifestement, Steve est
décontracté et a lair de samuser.
Et Edgar ? Si son clavier est
particulièrement visible car situé au milieu de
la scène, il essait de contrer la prestation de
Luke par quelques solos de sax alto. Seulement
" essayer " car le mixage est
apparemment réalisé par un ancien plombier et
le batteur Gary Fergusson a fait son
apprentissage musical chez un maréchal-ferrant.
Autant vous dire que le combo a décollé la
couche jazzy du New Morning à la pelleteuse.
Pourtant ce premier morceau est bienvenu et il
restera le meilleur souvenir de tout le concert.
Plus tard, nos héros
ont modulé leurs propos sonores. Edgar a
apporté la touche " soul "
au groupe. Il faut dire que le monsieur
nest pas un mauvais dans son genre. A part
le sax, Edgar Winter est également expert aux
claviers et sait parfaitement joué de tous ces
effets au contraire dun David Paich plus
classique. En bon binôme, Edgar a donné sa
touche personnelle en jouant un gospel remanié.
Dans ce registre, Edgar se distingue vraiment par
sa voix. Celle-ci est rauque mais elle peut
senvoler vers quelques aiguës bien
placées. Edgar 1 Steve 0 sur cet aspect.
Dune manière
générale, le charisme de Steve lui permet de
mener au score pour reprendre limage
précédente. Chaque solo est loccasion
pour Luke de faire réagir le public de chaque
côté de la scène. Mais Edgar nest pas en
reste et nous gratifiera dun morceau
ravageur à base deffets qui alourdira le
jeu de Steve amplifié par Phil Soussan.
Madame Steve
Fin du premier set. Tout
en sirotant quelques coups, on en profite
naturellement pour regarder le public. Les T-shirts
de la dernière tournée sont visibles presque
partout. Avant le concert et durant cette pause,
la majorité masculine a parfaitement remarqué
la jeune demoiselle portant un body marqué du
nom de Toto entre ses niiiiiccccchhhhoooonnnnssss.
Euh
Pardon, je mégare. Rapidement le
public a fait le rapprochement avec la nouvelle
compagne de Steve. Le blanc dans les
conversations à chacune de ses traversées de la
salle gage de laspect de la personne.
Remix
Deuxième set. Autant le
premier était intéressant mais le deuxième me
laisse encore un goût amer de déjà vu. Le
combo réalise un meddley de vieux tubes rock
comme " Hound dog " ou du
Little Richard. On frise le baloche, un comble !
Certes la qualité dinterprétation est là
pour nous dissuader de penser mais la réflexion
après coup malmène le souvenir.
Ce deuxième set
sannonce être celui des reprises. La
troupe samuse dailleurs et les
improvisations de chacun nous confirme que nous
avions raison de venir. Le meilleur moment du
deuxième set fut la reprise du " Tobacco
Road " de Johnny Winter. Tant
quà reprendre, autant faire bosser la
famille.
Un rappel pour la forme,
cétait tellement prévisible. Pourtant le
groupe nous donnera un morceau intéressant qui
serait de Jeff Beck daprès certains. On
sait que Steve le vénérait, bel hommage.
Et alors ?
La lumière se rallume.
Fin du concert. Finalement quen retirer
sinon limpression davoir vu de grands
musiciens malgré un batteur trop bourrin et un
bassiste " qui fait son job " ?
Un bilan moyen pour ma part car en prélevant des
morceaux dans les différents groupes auxquels
ont appartenus Steve et Edgar, le résultat
serait comme une recette qui est mangeable mais
manque de saveur. Lavantage dun tel
concert est de voir un de nos musiciens
préférés de près et abordable. Sinon pour le
contenu, rien de terrible par rapport à un
groupe de reprises. Steve Lukather avec Los
Lobotomis, cest autre chose en terme de
cohérence et de feeling. La prestation de Steve
Lukather au New Morning était semblable aux
apparitions quil a pu faire sur la scène
du Chesterfield café, cest pour dire !
Steve a été égal à lui-même, génial pour le
jeu et la présence. Son vécu phénoménal, ses
blagues tendancieuses et son air joyeux ont fait
des ravages. Il faut dire quil se
démarquait facilement par rapport à Edgar dont
la présence scénique était assez comique. Pour
résumer, il valait mieux quil reste assis.
Luke au Club Med ?
" Cest
le tourisme qui est le moteur de la tournée ".
Je mattendais à mieux quà une
ballade en Europe. Je repense alors à ce dernier
concert de Toto où nos héros samusaient.
Lensemble était tellement naturel et
cohérent quil demeurera.
Eric Lacombe
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