Revue de concert

 


Luke & Edgar Winter, New Morning le 5 juillet 2000

Qui êtes-vous ?

Contrairement à l’habitude, le concert de ce soir nous amène à poser la question suivante : " Mais qui allons-nous voir ? " . Que Luke fasse des siennes derrière un énième artiste de légende, la chose ne nous émeut que bien peu maintenant. Edgar Winter nous interpelle plus par son nom que par son prénom. Heureusement que la foule des spécialistes en herbe indique rapidement que le lascar n’est autre que le frère de Johnny, véritable as de la six cordes façon blues et reconnaissable par la blancheur de sa chevelure. Pourtant il n’est pas surprenant que Steve et Edgar fasse œuvre commune car le premier a travaillé avec le frère du second.

Soft Luke, Hard Winter

Le New Morning est une salle fort réputée pour ses représentations jazz. Les plus grands noms s’y sont produits, de Chick Corea en passant par Mike Stern-Dave Weckl ou encore Didier Lockwood pour les plus contemporains. Une salle faîte pour les musiciens car le public voit les artistes à dix mètre à peine ce qui change des mégasalles où il faut faire plus preuve d’imagination... La salle est sobre, un bar sur le côté avec des serveuses qui déambulent, un service d’ordre léger. Luke se serait-il calmé lui qui vénérait le son gras des amplis à lampes ? Les grands noms du jazz qui se sont précipités au New Morning auraient-ils jeté comme un sort sur la MusicMan de Steve ? Les amplis Rivera et le rack d’effets laissent pourtant croire le contraire.

Les protagonistes se mettent en place dans un style qui démarque d’une grande salle de concert : Par une petite porte sur le côté de la scène. Le ton est donné : C’est le tourisme qui est le moteur de la tournée. Steve est habillé en parfait plagiste avec un jean coupé au niveau des genoux et une chemise Tati en solde. Edgar Winter nous apparaît et la blancheur de sa crinière blanche est augmentée par les trois couleurs primaires injectées sur la scène. Plus modestement, Phil Soussan, grand pote de nos Héros et aussi compositeur tient la basse et se ligue à Gary Fergusson aux futs.

Pour tous ceux qui croyaient que Luke allait faire jazzy, " Smell Yourself " a mis tout le monde d’accord. Le style est attaquant déjà par l’utilisation d’une double pédale qui, mixé trop haute, nous rappelle les origines de l’Homme. Manifestement, Steve est décontracté et a l’air de s’amuser. Et Edgar ? Si son clavier est particulièrement visible car situé au milieu de la scène, il essait de contrer la prestation de Luke par quelques solos de sax alto. Seulement " essayer " car le mixage est apparemment réalisé par un ancien plombier et le batteur Gary Fergusson a fait son apprentissage musical chez un maréchal-ferrant. Autant vous dire que le combo a décollé la couche jazzy du New Morning à la pelleteuse. Pourtant ce premier morceau est bienvenu et il restera le meilleur souvenir de tout le concert.

Plus tard, nos héros ont modulé leurs propos sonores. Edgar a apporté la touche " soul " au groupe. Il faut dire que le monsieur n’est pas un mauvais dans son genre. A part le sax, Edgar Winter est également expert aux claviers et sait parfaitement joué de tous ces effets au contraire d’un David Paich plus classique. En bon binôme, Edgar a donné sa touche personnelle en jouant un gospel remanié. Dans ce registre, Edgar se distingue vraiment par sa voix. Celle-ci est rauque mais elle peut s’envoler vers quelques aiguës bien placées. Edgar 1 – Steve 0 sur cet aspect.

D’une manière générale, le charisme de Steve lui permet de mener au score pour reprendre l’image précédente. Chaque solo est l’occasion pour Luke de faire réagir le public de chaque côté de la scène. Mais Edgar n’est pas en reste et nous gratifiera d’un morceau ravageur à base d’effets qui alourdira le jeu de Steve amplifié par Phil Soussan.

Madame Steve

Fin du premier set. Tout en sirotant quelques coups, on en profite naturellement pour regarder le public. Les T-shirts de la dernière tournée sont visibles presque partout. Avant le concert et durant cette pause, la majorité masculine a parfaitement remarqué la jeune demoiselle portant un body marqué du nom de Toto entre ses niiiiiccccchhhhoooonnnnssss. Euh… Pardon, je m’égare. Rapidement le public a fait le rapprochement avec la nouvelle compagne de Steve. Le blanc dans les conversations à chacune de ses traversées de la salle gage de l’aspect de la personne.

Remix

Deuxième set. Autant le premier était intéressant mais le deuxième me laisse encore un goût amer de déjà vu. Le combo réalise un meddley de vieux tubes rock comme " Hound dog " ou du Little Richard. On frise le baloche, un comble ! Certes la qualité d’interprétation est là pour nous dissuader de penser mais la réflexion après coup malmène le souvenir.

Ce deuxième set s’annonce être celui des reprises. La troupe s’amuse d’ailleurs et les improvisations de chacun nous confirme que nous avions raison de venir. Le meilleur moment du deuxième set fut la reprise du " Tobacco Road " de Johnny Winter. Tant qu’à reprendre, autant faire bosser la famille.

Un rappel pour la forme, c’était tellement prévisible. Pourtant le groupe nous donnera un morceau intéressant qui serait de Jeff Beck d’après certains. On sait que Steve le vénérait, bel hommage.

Et alors ?

La lumière se rallume. Fin du concert. Finalement qu’en retirer sinon l’impression d’avoir vu de grands musiciens malgré un batteur trop bourrin et un bassiste " qui fait son job " ? Un bilan moyen pour ma part car en prélevant des morceaux dans les différents groupes auxquels ont appartenus Steve et Edgar, le résultat serait comme une recette qui est mangeable mais manque de saveur. L’avantage d’un tel concert est de voir un de nos musiciens préférés de près et abordable. Sinon pour le contenu, rien de terrible par rapport à un groupe de reprises. Steve Lukather avec Los Lobotomis, c’est autre chose en terme de cohérence et de feeling. La prestation de Steve Lukather au New Morning était semblable aux apparitions qu’il a pu faire sur la scène du Chesterfield café, c’est pour dire ! Steve a été égal à lui-même, génial pour le jeu et la présence. Son vécu phénoménal, ses blagues tendancieuses et son air joyeux ont fait des ravages. Il faut dire qu’il se démarquait facilement par rapport à Edgar dont la présence scénique était assez comique. Pour résumer, il valait mieux qu’il reste assis.

Luke au Club Med ?

" C’est le tourisme qui est le moteur de la tournée ". Je m’attendais à mieux qu’à une ballade en Europe. Je repense alors à ce dernier concert de Toto où nos héros s’amusaient. L’ensemble était tellement naturel et cohérent qu’il demeurera.

Eric Lacombe



Copyright © 1998-2005 totoweb.org - Jérôme & Nick