Revue de "Falling in Between" par Mahefa


Ah la la, Africa, Rosanna, Hold The Line, que c’est loin tout ça …

Après un certain nombre d’écoutes du dernier album (et surtout de deux morceaux en particulier), voici enfin mon verdict. J’aime beaucoup cet album. Encore un ! Je tenais à prendre mon temps avant de livrer mes commentaires et non pas me jeter dedans à chaud.

Je ne vais pas trop m’étaler sur la production, ni le son. Je suis en général d’accord avec tout ce qui a été dit jusqu’ici de ce côté-là. Toto fidèle à eux-mêmes, très méticuleux dans leur travail et dans les moindres détails etc.

Côté compos, je le dis et le répète, j’ai toujours aimé et continue à aimer le fait qu’ils jouent un peu tous les genres. Des touche-à-tout. Toute leur discographie explore à peu près tous les styles, et finalement cet album est un peu la mosaïque ultime de tout ce qu’ils ont toujours fait, voire ouvre d’autres perspectives. Ils s’aventurent vers un ton résolument progressif par moment et pfffuuuiiiiiittttt, font un virage à 180 degrés pour aller flirter avec la soul et le gospel. De mémoire de mélomane, je n’ai jamais entendu ces deux genres réunis sur un même disque. Finalement je comprends ceux qui peinent à voir une âme dans cet album et qui s’en plaignent. Les uns trouveront que leur force se retrouve tellement diffuse qu’il n’y plus d’unité au contraire d’un 7th One, d’un Kingdom Of Desire ou d’un Tambu dont les lignes directrices étaient respectivement la Californie chaleureuse de 7th1, la hargne pour KOD et les tons acoustiques et intimistes donnés à Tambu malgré l’énergique « Drag Him To The Roof » par exemple. Les autres (dont moi) trouveront au contraire que c’est cette diversité qui fait la force de l’album. J’ai peut-être la chance de faire parti des fans qui aiment à peu près toutes les facettes de Toto : leur côté rock FM et west coast bien sûr, leurs ballades, leur côté un peu heavy, leur côté jazz, funk, enfin tout quoi, contrairement à d’autres qui sont plus portés sur leur côté heavy-rock un peu dur par exemple et qui n’accrochent pas trop quand ils font autre chose. Je pense donc que c’est l’une des raisons pour lesquelles j’aime cet album.

Mes deux titres fétiches sont Hooked et Let It Go. Sur chacun de ces deux morceaux ils nous offrent généreusement deux breaks pour le prix d’un. Pour Hooked avec un premier solo de Luke suivie de la flûte de Ian Anderson. Ca partait tellement loin que je me demandais s’ils allaient nous refaire le coup de Dying On My Feet dans lequel ils partent et ne reviennent pas ! J’aime beaucoup ces breaks qui n’ont rien à voir avec le thème principal (euh, c’est peut-être la définition même d’un break ???) mais quand même cet album regorge de breaks ou bridges vraiment monumentaux. Je ne suis pas encore remis de Let It Go. Je mesure enfin pleinement l’apport de Greg dans le groupe. Encore un petit solo tranquilou de Luke puis quand je pensais qu’ils allaient revenir au refrain, « Attendez c’est pas fini, on vous emmène par ici ! » et re-break jazz funk fusion je sais pas quoi badaboum ! Je ne doute pas du talent des jeunes groupes de musicos qui aiment reprendre du Toto mais là, je leur souhaite quand même bon courage.

Je passerais sur Taint Your World qui, bien que pêchu, ne m’accroche pas plus que ça. Si, il y a les bidouilles de Steve Porcaro au milieu qui sont marrants mais ça s’arrête là. King Of The World, mmouais, ça va. Plutôt bien. Les paroles sont intéressantes. J’en parlerai plus bas.

La première fois que j’ai entendu Falling In Between (la chanson) j’étais impressionné. Mais à côté des autres, il a vite reculé dans ma top liste. J’aime bien Dying On My Feet. Très varié, avec un final qui me fait penser à la conclusion de Never Enough à cause des percussions afros qui viennent s’incruster dans un morceau jazz, et très rock guitare à la base. Ensuite quand j’entends Bottom Of Your Soul, je me dis que ce morceau n’aurait jamais dû passer à la radio. L’avoir raccourci autant sur les ondes quand on connaît maintenant sa version album, je me dis que c’est bien du gâchis de l’amputer de la sorte. Quel dommage de passer à côté d’un dialogue fantastique entre Greg et Luke au milieu du morceau !!! Pour Simple Life certes il est court. Mais là je vais jouer le rebelle, je l’aime bien tel qu’il est. Spiritual Man, Dave est gonflé de faire durer une chanson sur plus de 5 minutes avec seulement quatre accords. Ca aurait pu être n’importe quoi. Mais en fait je trouve qu’il y a son charme. Et puis une chanson à quatre couplets avec zéro refrain ce n’est pas conventionnel. Malgré le côté un peu répétitif je pense que ce qui me plaît dans ce morceau c’est sa construction. Autour de ces quatre fameux accords, on commence doucement avec des percus, les chants, la batterie, les chœurs, un coup de saxo, puis ça monte ça monte ça monte, et ça explose vers la fin et après on se détend. Ceux qui pensent à autre chose ont vraiment l’esprit mal tourné.
L’album se termine sur No End In Sight qui me rappelle Home Of The Brave sur plusieurs points : l’atmosphère planante et les paroles qui sonnent comme une suite à ce dernier.

Tiens, alors parlons donc un peu des paroles. Je suis étonné que personne n’ait encore mentionné à quel point ils se sont vraiment appliqués à l’écriture des textes. Je l’ai déjà dit mais je trouve qu’ils se sont vraiment améliorés à partir de KOD et surtout Tambu. Bon ce n’est par encore les textes engagés comme ceux de U2 et ce n’est pas forcément non plus leur but mais ça change des textes de Rosanna pour ne citer qu’elle (la chanson). Voyez comment ils égratignent la société américaine dans Hooked justement. La chirurgie esthétique, la drogue, le sexe, l’armée, la télévision, l’addiction des gens à n’importe quoi en général. Je rêve d’un clip pour Hooked. Je pense qu’il y aurait vraiment d’excellentes idées à exploiter en rapport avec le texte. Voyez aussi comment ils parlent des actions de l’administration Bush et le rôle qu’a joué l’entreprise Enron respectivement dans No End In Sight et King Of The World. Je trouve pas mal non plus comment Dave a évoqué les trois guides spirituels des trois religions principales (Christianisme, Bouddhisme et Islam) dans une même chanson. Dans le contexte mondial perturbé d’aujourd’hui, je trouve cela plutôt bienvenue. Si on est athée on s’en fout peut-être mais bon je ne sais pas. J’ai trouvé ça intéressant. Le dernier couplet sur John Coltrane n’est pas mal non plus, j’aime bien le coup du « gold companion ».

Pour finir, j’aime beaucoup le coup des petites notes des membres du groupe sur chaque morceau. Rien à voir avec le disque je sais, mais ce sont ces petites choses extras (dans le sens « en plus ») comme ça que j’aime trouver dans un album plutôt qu’une pauvre jaquette avec juste le titre des chansons et les remerciements à la fin.

Voilà. Je ne dirai pas que c’est le chef d’œuvre attendu mais j’ai quand même le ventre plus rempli qu’à la fin de Mindfields et de TTLG.

Mahefa



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